CHAPITRE VI
Durant mon séjour à la lazenda du Jacaiehy, je montai fréquenuDent à Curityba, la capitale de l'Etat
Ces expressicMis : «Monter à Curityba, descendre à ParanagTia,» sont souvent employées là-bas. Pour les comprendre, il faut savoir que l'Etat du Farana est divisé en deux parties très distinctes : la Marinka et les Campos.
La Marinka ou Marine est la partie située entre la chaîne de montagnes, dénommée serra do Mar, et la mer. Celle désignée sous le nom générique de Campos ou Champs comprend toute l'immense étendue de 200,000 kilomètres carrés de territoires partant de la serra do Mar et s'enfonçant vas l'ouest, dans l'intérieur, jusqu'aux terres lointaines du Paraguay et de l'Etat du Matto Grosso (Brésil). L'Etat du Parana est borné en outre : au nordy par l'Etat de Sâô Paalo (Brésil) ; au sud, par la République Argentine et l'Etat
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de Rio Grande do Sul (Brésil); enfin, au sud-est, par l'Etat de Santa Catarina (Brésil).
Les terres de la Marine sont basses, leur altitude ne dépasse .pas 30 mètres en général et le climat y est très ohaud pendant lies mois d'été. La végétation y est tropicale, ainsi que je l'ai indiqué dans le chapitre précédent
Les Campos, au contrairci par suite de leur altitude, variant entre 200 et 1,200 mètres (i), jouissent d'une température idéalement tempérée dont la moyenne est de + 21' pour te mois te plus chaud et + 16° pour le mois le plus froid (2).
Ces deux régions si différentes sont séparées, je l'ai dit, par une chaîne de monti^es, la serra do Mar, dont te pic principal, le Marumby, atteint 1,800 mètres d'altitude d'après l'ingénieur Léopold Weiss.
Un chemin de fer, œuvre titanesque, sur laquelle j'aurai l'occasion de revenir, gravit les pentes escarpées de cette montagne et relie Paranagua à Curityba par une voie ferrée de 1 10 k^omètres. Quand on saura que Paranagua est à 3 mètres d'altitude et Curityba à 897 mètres au-dessus du niveau de la mer, on comprendra aisément ces ex[H:essions courantes des Para- ' nenses : «Je monte à Curityba,! et : • Je descends à
(1) Baron de Sekho Azul, Notice sur U Parana.
(e) Rapport présenté le 31 janvier 1899 aa ^overneur de l'Ëtat par M. l'Injânieur civil Candide de Abrea, ministre des travaux publics; tableau des observations mitéorologiques.
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Curityba est une jolie petite ville qu'il ne faut pas voir par la pluie.
Les employés de la compagnie du chemin de fer (constituée par des capitaux framçais et beflges) ont formé une petite colonie européenne absolument charmante, et le Français de passage y est accueilli avec une bonne grâce et une cordialité aimable dont j'ai eu pour ma part fort à me louer.
he directeur de la compagnie est M. de Cerjat II était en France au moment de mon séjour au Parana et la direction du chennn de fer avait été confiée en son. absence à. M, Westermann, directeur adjoint. M. Westermann, ingénieur savant et distingué, doit à son haut mérite et à sa rare intel%ence l'importante situation qu'il occupe aujourd'hui au Parana. Il me permettra de le remercier ici du bienveillant accueil qu'il a bien voulu me réserver durant tout mon séjour dans ce pays.
Cette aimable société, formée surtout par le haut personnei du chemin de fer, s'est encore accrue depuis quelques années d'un corps consulaire important, dont le besoin se faisait réellement sentir, par suite du grand et rapide développement de l'Etat du Parana. C'est ainsi que j'ai eu l'honneur d'être présenté par notre aimable agent consulaire, M. Cibut, à M. E. Fontaine, consul de Belgique, qui a fait des salons de son consulat le rendez-vous de la société élégante, et à M, Pohl, vice-consul d'Autricfae-Hongrie, travailleur
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L'ÉTAT DU PARANA. — LA CAPITALE i8i
infatigable, à l'actioŒi mtelligente et inlassable duq»^! son pays doit de tenir aujourd'hui la première place dans l'émigration européenne au Parana. L'Italie est aussi représentée auprès du gouvernement paranensè, mais le titulaire du consulat, le comte de Villanova, était en congé au moment de mcm voyage ; Féloge que m'en ont fait ses confrères m'a fait d'autant plus regretter son absence.
Parmi les races européennes établies dans ce pays, l'élément allemand est certainement prédominant, comme d'ailleurs dans les deux autres Etats brésiliens du sud : Rio Grande et Sainte-Catherine Cette raoe, vraiment puissante, a des qualités d'endurance, d'économie et de souplesse qui font qu'elle a pu acquérir en quelques années ime place prédominante sur presque tout le territoire brésilien, d'abord au détriment du commerce français et italien, et maintenant au détriment du commerce anglais. Toutefois, jusqu'ici, son influence ne dépasse pas l'action commerciale, les gfrandes affaires financières telles qu'emprunts d'Etat, concessions de chemins de fer, etc., restant encore l'apanage des Français, des Belges et des Anglais ; mais cela, je le crains, n'aura qu'un temps, car, comme la raoe Israélite, la race allemande est essentiellement envahissainite Je m'empressï d'ajouter que son succès vient surtout de sa probité et de sa ponctualité en affaires, qualités firimordiales auxquelles on doit rendre impartialement hommage.
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Donc le commerce (consistant principalement en importations) est allemand, et sa force est telle aujourd'hui que je ne pense pas qu'il soit possible de le supplanter, surtout individuellement
Mais il n'en va pas de même au point de vue industriel, en l'avenir duquel, dans ce pays, j'ai une entière confiance. Et je me base, pour affirmer cette confiance, sur cette constatation que les industries déjà établies sont toutes également florissantes. Elles ne sont pas nombreuses; elles se résument à trois : l'herva-matte, la bière et les allumettes. Je laisse volontairement de côté celles secondaires de la glace, de l'eau de seltz, des cuirs, meubles, etc
L'herva-matte est de beaucoup la plus importante. Il est très possible que quelques-uns de mes lecteurs ne sachent en aucune façon ce que c'est que l'hervamatt^ et c'est même une particularité de cette denrée d'être l'objet, dans l'Amérique du Sud, d'un trafic extrêmement important, donnant lieu, pour le seul Etat du Farana, à un mouvement de fonds de 25 millions par an, et de rester, pour ainsi dire, à peu près inconnue en Europe.
L'herva-matte {iUx paraguayensis) est un arbuste croissant à l'état sauvage dans les forêts des Etats brésilîen'S du Parana, Matto Grosso et Santa Catharina, et en grande quantité dans 'la République du Paraguay, cil il a été découvert par les Indiens et utilisé par les jésuites, qui s'étaient aperçus qu'après lui avoir
L'ÉTAT DU PARANA. — LA CAPITALE i83 fait subir une certainoe préparation sa feuille donnait une boisson saine, essentiellement tonique et reconstituante, dont la saveur, un peu acre, avait quelque analogie avec celle du thé. Cet aibre atteint une hauteur maxi m um de 3 mètres et une grosseur de 12 à 13 centimètres; sa feuille est grosse, peu nervurée et pesante.
Le thé dlierva-matte est une boisson très appréciée en Argentine et dans les pays de la Plata.
Un des pays exportant le plus d'herva-matte vers ces régions est l'Etat du Parana. En effet," vingt-neuf maisons de commerce se disputent la faveur du consommateur, et, d'après les statistiques officielles, l'exportation de cette marchandise s'élève, depuis 1895, à tme moyeime de 25,000 tonnes par an. Le gouvernement de l'Etat en retire son plus grand revenu par un impôt de o $ 030 rets par kilo exporté.
Il faut considérer aussi que l'herva-matte entre pour 75 % dans les exportations du chemin de fer, qui a dépensé environ 62 millions pour la construction de ses voies ferrées, dans le but d'effectuer le transport de cette marchandise aux ports d'embarquement (i).
Ces quelques chiffres étonneront peut-être ceux qui ne savent pas l'emploi presque abusif que font du matte les populations de la Plata, Il est ibon de rappeler que la République Argentine contient dans ses immensités du Campo cinq millions d'habitants, qui
(i) Je dois ces renseignenieota et ceux qui vont suivre à l'obligeance de l'aimable consul de Belgique au Parana,
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tous tM'enttent le niatte, et que ce pays ne produit pas le prédeux arbuste et importe la totalité de sa consommation. -
n était intéressant de connaître la fabrication ou, à plus proprement parler, la transformation de l'hervamatte. Aussi, n'ai-je pas manqué dé visiter, pendant itn de mes séjours • à Curityba, l'usine de la (maison Fontaine et C", une des plus importantes de la place.
& vous le voulez bien, avant de vous y introduire, nous allons tout d'abord chèrcherune branche d'hervamaitte dans la forêt. Non pas en 'bas, dans la Marine : nous n'en trouverions pas; noua la prendrons dans les fOTêts des Campas. Ceci paraît, à première vue,- ihï joli anaduronisme, puisque campos veut dire champs; mais, dans un prochain chapitre, je vous conduirai dans ces campos et vous les montrerai coupés de boqueteaux où l'herva-matte croît en abondance, à l'ombre des grands pins paranenses; puis, un peu plus loin, alors qu'on s'éloigne des centres habités, les boqueteaux se font grands bois, puis immenses forêts que parcourent les chercheurs d'herva, et enfin sériai desconkecido, c'est-à-dire bois vierge incormu, forêts mystérieuses, immensités ténébreuses où s'agitent encore quelques rares Indiens sauvages, fantômes errants et malheureux de races disparues.
Nous ne prendrons pas notre feuille d'herva tj^ns les boqueteaux; aussi bien, notre récoke ne serait pas
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assez fructueuse, car l'arbuste trop fréquemment dépouillé a perdu de sa force. Nous ne la prendrons pas non plus tîans le sertâô; il nous faudlrait trop de temps pour y aller et en revenir et le voyage nous mangerait, et bien au delà, le bénéfice que nous pourrions retirer de la vente de notre herva-matte à un usinier de Curityba. Nous la prendrons donc dans ces grandes forêts intermédiaires où nous sommes sûrs d'une récolte abondante et de la facilité de son écoulement.
Tout d'abord nous couperons sur chaque arbuste les petites branches avec leurs feuilles ; après quoi, à l'endroit même où nous les aurons coupées, nous les passerons au carijo pour les sécher. Cet appareil primitif consiste tout simplement en une branche de bois quelconque soutenue par deux pieds fichés en terre; sur cette broche improvisée on place à cheval des branches d'herva Au-dessous, on allume un brasier qui sèche la feuille, mais lui donne, paraît-il, un goût de fumée désagréable et peu apprécié des amateurs. C'est pourquoi, depuis quelques années, plusieurs exportateurs d'herva-matte ont établi des fourneaux de séchage pour remédier à cet inconvénient; mais le vieux système est encore prédominant.
Après cette première opération, si nous étions riches, nous conduirions ou ferions conduire notre récolte à Curityba et la vendrions là à un exportateur. Mais comme nous ne sommes que de pauvres caboclos et que notre récolte est minime, force nous est de la
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porter au vilh^e voisin et de la vendre à un premier commissionnaire qui la mettra dans des sacs de 4 arobas ou 60 kilos. Ces sacs sont en cuir et d'une grande solidité. Il faut cela, car notre branche de matte va être, durant de longues journées, cahotée par les chemins dans im immense char attelié de cinq ou sept chevaux. Enfin, la voilà à Curityba. EHê est vendue, avec ses autres compagnes de voyage, à un exportateur d'herva-matte qui va lui faire subir une préparation spéciale appelée beneficio. Cette opération coiifiiste à la reodije plus sèche, à faire développer tout l'aronje que la feuille possède et à en faire un thé sous différentes formes.
Comme le Champagne, en effet, le thé d'herva-matte a ses marques et ses qualités différentes, suivant les goûts du consommateur.
Dans la République uruguayenne, le thé préféré est le thé fin ou herva en poudre; en Argentine, on le préfère généralement demi-gros; au Chih, oii l'importation est également importante, on le demande gros et sans poudre Au Brésil et dans rAm&ique du Nord, c'est l'herva en petites feuilles, mélangées de nervures et de petits brins de bois, qui obtient la plus grande faveur des buveurs de matte.
Pour arriver à ces quatre quaUtés principales qui se subdivisent ensuite en une foule de marques propres à chaque maison, on fait passer l'herva pendant plus ou moins de temps dans des tylindres chauds qui lui
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enlèvent toute son humidité. Puis elle est placée sous des pilons qui la briseot, la cassent, la martèlent, la réduisent en poudre. Dans ce travail, les feuilles se réduisent inégalement, le bois des petites branches se casse en minuscules morceaux de différentes grosseurs, etc Le tout est jeté dans de longs trieurs, puis dans de puissants ventilateurs qui séparent la poussière fine et demi-fine, les feuilles grosses et demigrosses, et enfin le bois. Séparée ainsi, Therva-matte est remise sous d'autres pilons, puis dans d'autres tamis trieurs plus fins.
Quand elle a atteint la grosseur voulue, chaque partie est remélangéé aux autres dans des proportions déterminées suivant le goût de l'acheteur pour qui eflle est préparée.
On dit alors que l'herva-matte est bénéfcUe.
Elle est mise dans d'élégantes barriques de différâtes grandeurs et expédiée à Paranagua ou Antonina, pour être dirigée de' là vers les marchés de consommation.
n est difficile, après toutes ces transformations, de reconnaître la branche que nous avons cueillie ensemble; nous en retrouverons peut-être quelques parcelles dans la courge du puestero (i) qui nous offrira le matte, là-bas, dans les lointains puestos de la province de Buenos-Ayres.
(1) Gardien de troupeau, et fttista, habitation du futsltro.
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En montrant 'le nombre de tonnes exportées p^: an et le mouvement d'ai^ent auquel ce négoce donne lieu, en indiquant que vingt-neuf maisons, à Curityba, bmè-ficiaient l'herva-matte, — et en bénéficiaient, — je pense avoir démontré suffisamment la prospérité de cette industrie, sans qu'il soit nécessaire de m'y attarder davantage.
Une autre industrie, également prospère, est celle de la bière. Il y a quinze ans, toute la bière était importée au Parana; aujourd'hui, bien que la statistique du chemin de fer montre encore une importation relativement élevée de 195 tonnes par an, trente-cinq fabriques se disputent au Parana la faveur du consommateur. Toutes sont florissantes, bien que la qualité offerte par quelques maisons soit très inférieure. La bière est la boisson courante de la population étrangère, car la cidture de la vigne est encore à l'état, embryonnaire et le vin importé coûte fort cher en raison des droits très élevés dont il est frappé.
Enfin l'industrie des allumettes offre l'exemple le plus frappant du développem«it industriel dans cette contrée. Il n'y a qu'une seule fabrique d'allimiettes, en raison de privil^es très sérieux obtenus du gouvernement du Parana par MM. Hurlimann et le docteur Eisenbach, propriétaires de cette fabrique.
C'est en 1895 que MM. Hurlimann et Eisenbach bâtirent leur première usine dans un emplacement proche de la gare de Curityba, ce qui leur permit la
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L'ÉTAT DU PARANA. — LA CAPITALE 189 facilité d'atvoÎT un embranchement direct reliant l'usine à la gaie.
Au début, î'usine produisait 40,CX)0 boîtes d'allumettes par jour et achetait aux particuliers les sapins nécessaires à sa production au prix moyen de dix milreis par arbre, Elle produit quotidiennement aujourd'hui 480,000 boîtes d'allumettes, exportées principalement dans les Etats du Para, Matto Grosso, Bahia, Rio Grande, etc.
Devant un succès aussi rapide et aussi colossal, les propriétaires se sont vus obligés non seulement d'augmenter considérablement leurs usines, mais aussi de s'assurer pour de longues années une quantité suffisante de pins, afin d'éviter un accaparement possible qui leur eût causé les plus grands dommages. A cet effet, ils achetèrent, à vii^ kilomètres environ de Curityba, plusieurs propriétés qu'ils réunirent en une seule, et qui forme aujourd'hui une grande fazenda de 10,000 hectares, contenant 165,000 sapins de plus de 25 centimètres de diamètre, et assurant la production actuelle pendant 95 ans. Pendant ce temps, le grand nombre de pins de moins de 25 centimètres, non comptés dans les chiffres précités, grossiront; et en outrer ces messieurs, prévoyant l'avenir, plantent annuellement dans leur fazenda 5,000 sapins. Ce qui permet de dire qu'après 95 années d'exploitation la propriété contiendra plus de sapins qu'au début. Le transport de ces arbres était assez coûteux et
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difficile, la fazenda se trouvant assez éloignée du chemin de fer. Aussi ces messieurs ont établi sur place des scieries qui préparent le bois en allumettes prêtes à être soufrées, et en minces feuilles prêtes à former les boîtes. Le bois ainsi pr^iaré est expédié facilement à l'uàne de Curityba, qui, mécaniquement, soufre les allumettes, colle les bottes, les entoure de papier, les emplit eniin de 60 allumettes, toutes prêtes pour l'expédition.
Au Dïoment de l'acquisition de leur propriété et de la construction de leurs usines, ces messieurs ont obtenu de l'Etat dm Parana le privilège exclusif de l'exemption des droits d'exportation pour les allumettes fabriquées dans cette propriété, ce qui leur assure un gros avantage sur tout autre concurrent éventuel
Par suite de ces différentes améliorations et de la faveur sans cesse croissante dont jouissent les allumettes paranenscs au Brésil, la société, fcœdée en 1895 au capital primitif de 200,000 francs, est estimée aujourd'hui, en capitalisant le revenu actuel à 10 % et en tenant compte de toutes les améliorations effectuées, à la somme de 6,000,000 de francs. La rapidité avec laquelle le capital a été augmenté et la façon dont il a été augmenté font le plus grand honneur aux intelligents industriels que sont MM. Hurlimann et Eisenbach.
Cet exençle et les précédents corroborent parfai-
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tement et affirmeat ma confiance dans l'avenir industriel de ce pays si merveilleusement placé entre de grands centres de consommation comme Rio-de-Janeiro et Sâô Paulo, Buenos-Ayies et Montevidea
Il ne faudrait pas cependant se prévaloir des avantages obtenus par les industries existantes pour déclarer que toutes ont d'égales chances de succès. On devra tenir compte que cet immense tearitoir^ dodt la superficie totale est évaluée à 240,000 kilomètres carrés par ile baron de Serro Azal dans sa Notice sur l'Eiai du Parana, compte environ 400,000 habitants, d'après l'estimation du docteur Arthur Sebrâô, inspecteur sanitaire ( i ), Par conséquent toute industrie nécessitant une main-d'ceuvre spéciale, comme une verrerie par exemple, et nombreuse, comme des forges et hauts fourneaux, devra être soigneusement écartée. On devra limiter le champ d'actitm, pour une période encore assez longue, aux seules industries produisant surtout par les maxijiines.
De ce nombre est celle du papier ou de la p&te à papier, pour laquelle on trouverait sur place une matière première excellente :-le pin paranense, dont l'es* sence se rapproche absolument du pin de Norvège. Il y ra a une telle abondance qu'on n'en verra pas la fin d'ici de très lointaines années, et l'exemple de
(i) Rapport du docteur Auguste C. Chaves, ministre de l'intérieur, présenté sa gouvemeor de l'État, le 31 décembre 1898.
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MM. Hurlimann et Eisenbach trouvant 165,000 sujets pour leurs aUumettes sur une seule superficie de lOiOOOhectaresprouve surabondamment ceque j'avance
Durant mes séjours à Currtyba, j'eus l'honneiir d'être présenté aux membres du gouvernement de l'Etat, et je fus reçu par eux avec cette bonne grâce et cette aménité qui sont, je l'ai dit, les qualités primordiales et attachantes du Brésilien.
Quelques mots îcî ne seront peut-être pas inutiles pour indiquer les rouages politiques de la République des Etats-Unis du Brésil. Comme son nom l'indique, cette République est une vaste fédération de vingt et un Etats (i) ayant chacun leur organisation politique. Le gouvernement fédéral comprend un président de la République, responsable, gouvernant par ses secrétaires d'Etat, pouvoir exécutif, et un Congrès formé d'un Sénat et d'une Chambre des députés, pouvoir législatif. Chaque Etat est représenté au Sénat par trois sénateurs et à la Chambre par un nombre
(I) Les États du Brésil sont : M-unicipe ntutre de Rio-de-yantiro; Amatmias, Para, Maranhat), Pia-uky, Ceara, Rio Grande do Narie, Parahyba, Perttamhtito, Alagaas, Sergipe, Bakia, Espiriio Santa, Rio-de-JanHro, S^Paulo, Parana, SaHla-Calharina, Rie Grand» do Sul, Minas Geraes, Goyaa et Xatta Grosso, Les géographes ne sont pas d'accoid sur l'évaluation de la superficie totale et de la population. Bianconi indique 8,337,000 kilomètres carrés et -13,000,000 d'habitants; Elisée Reclus, S',075,000 kilomètres carrés «t 16,000,000 d'habitants.
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de députés variant suivant l'importance de l'Etat. L'Etat du Farana en a quatre. Chaque député et chaque sénateur au Congrès de l'Union touche 75 milreis par jour de session Les sessions durent, en général, six mois par an.
L'armée, sur tout le territoire brésilien, dépend du pouvoir fédéral
Chaque Etat a sa Constitution politique propre, différente de l'Etat voisin. 11 administre à sa guise.
La Constitution politique de l'Etat du Farana comprejïd un président et deux vice-présidents élus pour quatre ans par le peuple. Le président a la charge du pouvoir exécutif ; il choisit ses ministres, mais il est responsable de leurs actes. Le pouvoir législatif est confié à une Chambre de trente députés élus par le peuple; mais le président a le droit de veto sur les lois présentées par la Chambre des députéa S'il y a conflit entre les deux pouvoirs, le différend est sotmiis au Suprême Tribunal, qui juge en dernier ressort
Il peut y avoir cumul dans les fonctions publiques, excepté pour celles de président
Le président de l'Etat, lors de mon séjour, était le regretté docteur J. Pereira Santos Andrade, secondé dans ses importantes fonctions par MM. Luis Chavières, ministre des finances ; Carvalho Chaves, ministre de l'intérieur, et Ferreira de Abreu, ministre des travaux publics.
Ses pouvoirs expiraient au mois d'avril 1900, et il a
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été remplacé par le docteur F. Xavier da Sylva, qui fut déjà gouverneur de 1892 à i8q6, à l'époque de la révolte de la marine. II avait su alors s'imposer au respect de tous par sa loyauté et son inattaquable honnêteté. Ses ministres sont MM, Carvalho Chaves, Octavio do Amaral et A. Pedreira de Cerqueîra.
Je retrouvai aussi à Curityba le docteur Vicente Maohado, sénateur au Coi^ès de l'Union et premier vioe- président du Parana, auquel j'avais eu l'honneur d'être [M-ésenté à Rio. Cet homme politique, d'une rare intelligence, peut prétendre à la plus haute situation de son pays. Jeune encore, avocat et orateur de grand talent, les services rendus par lui au Brésil et au Parana ne se comptent plus ; aussi sa popularité va sans cesse grandissant, aussi bien dans le peuple que dans l'enceinte du Parlement brésilien, où son autorité fait loi.
Il s'intéresse tout particulièrement au développement économique du Parana.
Ce développement va s'accentuant tous les jours, et on le doit surtout à l'aocroissement des colonies agricoles.
On me permettra de donner quelques renseignements SUT ces colonies, dont l'extension rationnelle et progressive est due aux louables efforts du gouvernement de l'Etat, puissamment aidé depuis quelques années par le corps consulaire, et plus particulièrement par M. Pohl, consul d'Autriche, un des partisans les pliis convaincus et les plus dévoués de la colonisa-
L'ÉTAT DU PARANA. — LA CAPITALE 195 tion agricole, et .par M. Fontaine, consul de Belgique.
L'histoire coloniale du Parana remonte à 1852 (deux ans après l'érection de cette contrée en province indépendante).
Ce fut un Suisse qui fonda la première colonie agricole, à Superaguy, près de la baie de Paranagua, avec vingt-deux colons suisses et français. Six ans après, elle comptait 430 Brésiliens et 60 étrangers. La deuxième colonie est celle de VAssunguy, fondée par un Allemand en 1860; elle sera reliée prochainement à la capitale par ime voie fenée.
Huit ans après, en 1868, commence la grande immigration polonaise. Mais les immigrants ne viennent pas directement au Parana. Ils arrivent d'abord à Santa Catharina, puis, de là, se portent vers le Parana, dont ils apprécient le climat tempéré, plus en rapport avec celui de leur pays d'origine. A partir de cette époque, la colonisation suit unemarche ascendante bien déterminée j onoompte2i,339co!ons agricoles en 1889 (1), et aujourd'hui, leur nombre s'élève à' 57,307 (2), ce qui montre un accroissement de 36,000 colons, en chiffres ronds, pour une période de dix années. Durant ce laps de temps, l'immigration est surtout alimentée par In race très travailleuse des Polonais galliciens (Autriche).
Les deux colonies les plus florissantes aujourd'hui
(i) Baron de Sero And.
(a) M. PoU, vice-conaul d'Autriche.
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sont celles de Prudentofolis, que nous visiterons dans un chapitre prochain^ et ^io Claro, qui, de 1890 à 1899, a vu le nombre de ses habitants s'élever de 3,000 à ii,OQO, Cette dernière colonie doit surtout sa prospérité aux facilités de ses communications avec la capitale par voies fluviale et ferrée (1).
Autrefois le gouvernement offrait au colon nouveau venu un lot de terrain à choisir dans tme des colonies fondées par lui, avec une maison d'un modèle imiforme, et il ocxnipait les colons à ouvrir des chemins et des routes dans la colonie, durant la première année, les nourrissant ainsi jusqu'à la première récolte.
Maintenant, ayant trouvé ce système trop onéreux, et jugeant que le mouvement immigratoire était suffisamment établi en sa faveur, le gouvernement du Parana offre seulement aux colons des lots de terrain mesurés par lui dans ses colonies et d'une contenance uniforme de 25 hectares. Le colon y bâtit sa maison et y travaille à sa guise. Il s'engage à rembourser dans un délai de huit années le prix de ses 25 hectares concédés, qui deviennent alors sa 'propriété définitive. Les prix des lots sont très variables, suivant la situation, la qualité de la terre, etc. La moyenne évaluée par le gouvernement est de 300 milreis, c'est-à-dire environ 300 francs (2),
(1) Rapports de M. Pohl, vice-coniul d'Autriche. (a) Rapports de M. l'ingénieur C. Ferreira de Abreu, ministre des travaux publics et de la colonisation.
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Nous verrons, en visitant la colonie de Pnidentopolis, quelle est la vie, quels sont les travaux et les moyens d'existence du colon agricole au Parana. Mais il est intéressant aussi de montrer ce que peut faire l'initiative individuelle, possédant un petit capital; de voir la colonisation privée à côté de la colonisation officielle.
A cet effet, nous nous rendrons à la petite fazenda de Pînkeirinho, chez restimable vigneron Emmanuel V..,
Nous pourrions nous y rendre en chemin de fer, nais il est préférable d'y aUer ai voiture.
Chemin faisant, nous admirons, avec le camarade qui m'accompagne, l'extraordinaire développement des environs de Curityba. Partout des maisons se bâtissent, des fermes se créent; on sent la v^eur d'un pays jeune qui veut augmenter sa puissance, en profitant des admirables ressources de son sol fertile. Presque partout des embryons de culture vinicole, encore incer^ins, tâtomnaiots; les moyens de culture sont imparfaits, disparates; ici ce sont des treilles formant berceau; là on plante suï fil de fer ; plus loin on s'en tient au piquet qui dirige et soutient les longues pousses du cep. Tout cela se tassera, se nivellera avec l'expérience et le succès.
Nous arrivons bientôt à la fazenda de Pinheirinho. Le propriétaire, M. Emmanuel V..., est un v^eron d'origine suisse, immigré au Parana en 1875. Posses-
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seur d'im maigre pécule, il a pu, à cette époque, se rendre acquéreur de terrains situés à deux heures de voiture à peine de Curityba et qui ont aujourd'hui doublé ou triplé de valeur. Sa propriété a une contenance de 200 hectares sur lesquels paissent une centaine de moutcxis dont on verra tout à l'heure l'utilité.
J'ai dit que M. V... était v^eroa II tenta un essai de culture de vigne et fut pour ainsi dire le prenùer, ou tout au moins un des premiers, à faire cette expérience. Elle fut concluante, et aujourd'hui il possède autour de sa jolie maison deux hectares de vigne contenant 22,000 ceps qui lui donnent dans les bonnes années vingt-cinq pipes de vin (d'une contenance de 500 litres), vendues à raison de 350 milreis la pipe, soit un bénéfice net de 8,750 % 000 (8 cotttos, 750 milreis). Ces chiffres, qui m'ont été fournis par M, V... lui-même, et confirmés par des personnes dignes de foi à Curityba, se passent, il me semble, de tout comr m«itaire. Bien entendu, ce résultat, auquel M. V..., entouré de ses enfants et petits-eofants, travaille depuis 1875, n'a été obtenu que par un labeur quotidien et acharné. C'est de ses mains qu'il a retourné et travaillé cette terre; c'est lui d'abord, ses enfants après, auxquels il a appris, qui taillèrent la vigne aux époques voulues; ce sont eux enfin qui récoltent et préparent le vin, personne, avant eux, ne connaissant bien cette science délicate qu'est la vitioulturt
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La plus grande quantité de ses ceps appartient au plant américain dit Isabelle, qui n'est pas réputé comme étant des meilleurs ; il donne en grande abondance, mais sa peau un peu grosse donne au vin un goût de framboise assez prononcé et désagréable. Au début, il n'y avait guère possibilité de faire autrement, et, du restci le vin dit nacional, c'est-à-dire produit au Brésil, se vend toujours avec facilité, quelle que soit sa qualité, en raison des droits de douane très élevés dont sont frapp>és les vins étrangers. Aujourd'hui cependant, alors que l'aisance est venue et que les voies de communication facilitent les échanges, M, V... tente d'acclimater quelques-uns de nos plants européens : teinturier, Saint-Julien, Bergerac, gros rouge suisse, etc. Mais ces piants ne donnent pas en rendement les résultats vraiment fabuleux de l'Isabelle; ils sont encore en trop petite quantité pour qu'il soit pos^ble d'apprécier si leur qualité, reconnue chez nous, n'a pas failli en changeant de latitude et de terroir.
Le fumier de mouton est, paraît-il, de tous les fcngrais naturels, faciles à obtenir, celui qui convient le mieux à cette terre. C'est pourquoi M. V... a constitué un petit troupeau qui se aoiurit sur la partie de la propriété non encore cultivée, et rentre tous les soirs à retable, où une épaisse litière lui est préparée. Ce troupeau ne sert guère à autre chose, car la viande du mouton n'est pas appréciée dans le pays et sa vente
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aoo FAZENDAS ET ESTANCIAS
n'offre jusqu'ici qu'un intérêt très limité. Les peaux, en revanche, séchées et préparées pour tapis de selle, atteignent les prix extraordinaires de l8, 20 et jusqu'à 50 milreis. Cette consommation de peaux de mouton pour tapis de selle est purement locale, et je ne crois pas que ces prix se mamtiendraient longtemps si la production venait à augmenter tant soit peu.
Le docteur Campos da Paz, savant brésilien qui s'est beaucoup occupé des questions viticoles, dît quelque part que le Faranï sera un jour le véritable pays de la vigne dans l'Amérique du Sud. Je ne le suivrai pas dans ses scientifiques recherches et ses savantes démonstrations, qui l'amènent à cette conclusion ; mais je suis absolument de son avis quant à cette conclusion, devant les beaux résultats pratiques et réels obtenus ailleurs que sur le papier, constatés par moi en différents endroits, chez différents propriétaires, et en particulier chez M. Emmanuel V...
La culture de la vigne au Parana offre cet avantage assez rare qu'elle ne nécessite pas l'emploi de gros capitaux, comme l'industrie et le commerce, ou comme les cultures de céréales, ou comme l'élevage, dont nous verrons, par la suite, les inconvénients. Le capital exigé pour l'achat de la terre, la construction de la maison et du matériel vinaire, et î'attente des premières armées de production, peut ne pas dépasser
L'ÉTAT DU PARANA. — LA CAPITALE une trentaine de mille francs, qui donneront un r de 8,000 francs au bout de trois ans, en se basant seulement sur une mise en valeur de deux hectares. Voici du reste le détail d'une semblable opération :
Achat de 200 hectares à 50 francs l'hectare 10.000
Construction d'une maison en bois, et matériel 5.000
Coût de la préparation et culture de 2 hectares de
vigne à la fin de la quatrième année 3.000
Subsistance de la famille pendant trois ans, à raison
de 3,000 francs par an 9.000
Aléa; réserve en cas de mauvaise récolte la quatrième année, première de rendement 3.000
Rendement de 2 hectares, en réduisant le chiffre des rendues actuelles : loo hectolitres vendus à raison de 80 francs l'hectolitre, soit pour la quatrième année, première de rendement 8.000
On remarquera que j'opère sur un achat de 200 hectares, vaste champ laissé libre pour l'avenir à l'activité de k descendance, et sur une mise en valeur immédiate de deux hectares. On pourrait diminuer facilement de moitié cette acquisition et cette mise en valeur et diminuer ainsi, proportionnellement, la première mise de fonds de capital
Dans tout mon voyage, en aucun autre pays, je n'ai trouvé une aussi brillante affaire pour l'emploi du petit capital individuel.
Et qu'on ne vienne pas m'objecter la surproduction
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i FAZENDAS ET ESTANCIAS
rapide, amenant une baisse des prix. La valeur de l'importation du vin au Brésil n'est pas inférieure à une valeur de 30 millions de francs (i), et les Etats du nord et du centre deviendront difficilement producteurs, à cause de la chaleur. Seuls, les Etats de Sâô Pauio, Parana et Rio Grande do Sul et — dit-on — certaines parties du Matto Grosso sont aptes à produire. Mais Saint-Paul a son café, Rio Grande a son élevage, Matto Grosso est privé pour longtemps encore de facilités de communications. Le Parana restera toujours le maître du marché du vin national, à cause de la qualité du vin qu'il peut obtenir dans des terres proiMes à cette culture et avec un climat aussi tempéré; à cause aussi de sa situation géographique et de l'écoulement facile de ses produits par mer sur Rio-de- Janeiro et les Etats du nord, qu^ je le répète, ne produiront jamais de vin.
L'intéressante visite de la fazenda de Pinheirinho se termine par le jardin, où, toujours en quête d'innovations et d'améliorations, le propriétaire nous montre ses essais d'acclimatation de tous nos arbres fruitiers d'Europe, et enfin par la ferme elle-même, toute blanche dans un fouillis charmant de rosiers en fleurs et de clématites sauvages.
Et tandis qu'à l'ombre de grands eucalyptus,
(i) Docteur Pires de Almbida, FAgrievUure et Ui îndutMes au Brisa.
M. V... nous fait aimablement déguster une bouteille de son clos, je songe à l'admirable existence de cet homme, toute de travail et d'énei^e, ayant acquis pour les siens, sur cette belle terre d'Amérique, une aisance honorable que sa terre natale, ma^é un égal labeur, lui eût toujours refusée. Encore un qui n'a pas fait ime de ces fortunes colossales dont parlent les romanciers, dont rêvent les jeunes imaginations enthousiastes 1
Non.
Mais sur la terre trop étroite de notre vieille Europe, attaché à la glèbe durant toute sa vie, il eût — peut-être — laissé à ses enfants les quelques milliers de francs légués par son père, et qui, partagés entre tous, ne leur eussent point même assuré le droit à la vie. Il est venu vers les lumineux et lointains rivages, mais il y est venu sans penser aux fabuleuses richesses, et, tranquillement, a creusé ici le sillon qu'il creusait là-bas.
Et la terre plus neuve, et plus riche, et moins lasse, n'a point trompé son attente...
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