‹ Fédérations d'achat & de production des sociétés cooperatives distributivesChapitre 4 sur 109 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

seuls de l’entreprise. La propriété qu’ils ont des moyens de production et des capitaux employés par eux ne leur sert à rien : tous les bénéfices sociaux ne sont -ils pas, en effet, frappés d'interdit ? Les membres de la société ne voient-ils pas se volatiliser tous les jours, entre leurs mains, les profils sociaux ? L’attribution aux ouvriers et employés des bénéfices de l’entreprise est absolument caractéristique du socialisme corporatif : le défaut de cette condition essentielle suffit à rejeter les coopératives de solidarité en dehors du socialisme corporatif.

Si l'on veut aller au fond des choses, on découvre qu’en réalité, les coopératives de solidarité sont l’objet d’une incorporation indirecte, lointaine, imprécise, mais réelle pourtant ; elles sont inféodées à la génération des travailleurs de demain, dont elles préparent l'instrument de travail; elles sont incorporées à un premier degré.

Des exemples assez nombreux de coopératives de solidarité nous sont fournis par les origines du mouvement coopératif, en Angleterre et en France notamment: les coopératives de solidarité ont historiquement précédé les coopératives distributives.

De 1828 à 1832, se constituent en Angleterre, les Union- Shops ; ces coopératives étaient fondées entre ouvriers producteurs, et restèrent absolument indépendantes de toute organisation ouvrière ; toute répartition individuelle des profits était supprimée (1).

La création de sociétés semblables suppose chez leurs adhérents, une très robuste foi socialiste ; pour sacrifier à leur idéal leurs intérêts personnels, et renoncer à toute répartition individuelle des profits, il faut que les ouvriers fondateurs et membres de ces sociétés, soient inspirés d’un désir très ar-

(1) Béatrice Potter, La coopération en Grande-Bretagne (traduction), Cornély, 1905, p. 55. Se reporter aussi à nos développements sur les Union-Shops d'Angleterre, chapitre V.

dent d’émanciper, dans la mesure de leurs forces, la classe Ouvrière tout entière. Effectivement, l’examen des faits démontre que la fondation de ces sociétés s’explique toujours par une très forte inspiration socialiste. L’époque contemporaine fournit l’exemple d’assez nombreuses coopératives de solidarité, mais aucune n’a réussi à prendre une extension appréciable.

2° Les coopératives incorporées. — A côté du petit groupe des coopératives de solidarité, un grand nombre de coopératives d’ouvriers producteurs ont perdu toute autonomie, ou n’en ont jamais joui. Ce sont les sociétés que nous désignerons du terme de coopératives incorporées. Elles se définissent ainsi : Les coopératives incorporées sont les coopératives — formées entre ouvriers producteurs — qui sont dans la dépendance plus ou moins étroite de coopératives, de syndicats ouvriers ou de fédérations coopératives. Tantôt elles affectent leurs bénéfices à leurs acheteurs, tantôt elles les consacrent à leur fonds de réserve.

Leur mécanisme économique reste le même forcément que celui des coopératives en général, mais la situation de fait qui est envisagée ici, est toute différente de celle des coopératives de solidarité. Le terme d’ « incorporées » qui les caractérise, rend assez bien compte de la différence. Nous envisageons ici ces très nombreuses coopératives d’ouvriers producteurs qui ne jouissent absolument d’aucune indépendance véritable.

a) Incorporation commerciale. — Leur incorporation peut être commerciale, économique. Beaucoup de coopératives d’ouvriers producteurs vendent l’intégralité de leur production à des distributives ; bien souvent, en effet, ces sociétés sont incapables de rivaliser avec la grande production capitaliste, si ce n’est au point de vue de la qualité, du moins au point de vue du bon marché, des facilités de payement, des

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