I. — Le Zentral-Verbano ou l'Union centrale
L’étude du Zentral-Verband est nécessaire, à raison de l’influence très grande que cette Union exerce sur le Magasin de gros de Hambourg ; les progrès que réalise le Zentral- Verband amènent directement une extension de la Fédération d’achat. Le Zentral-Verband, à raison de sa propagande, est la première base du Magasin de gros de Hambourg.
A un deuxième point de vue, son activité est très favorable à la Fédération allemande ; celle-ci possède, en effet, une organisation essentiellement décentralisatrice ou régionale ; elle a couvert l’Allemagne de tout un réseau d’Unions d’achat qui drainent à son profit les commandes des coopératives : l’organisation régionale de la Fédération est favorisée par l’organisation similaire du Zentral-Verband qui est lui-même divisé en un grand nombre d’Unions régionales. Le Zentral- Verband apparaît donc à ce deuxième point de vue comme un facteur très important de l’extension du Magasin de gros de Hambourg.
§ 1. — - Constitution tardive du Zentral-Verband (1902).
L’étude de tous les pays coopératifs nous montre que l’organe économique et commercial, la Fédération, se double la plupart du temps d’un organe moral ou de propagande : l’Union coopérative. A vrai dire, le plus souvent, c’est cet organe purement moral et éducatif, l’Union coopérative, qui donne naissance à la Fédération d’achat. En Allemagne, les rôles ont été renversés ; l’Union coopérative qui préexistait à la Fédération d’achat de Hambourg, l’Allgemeine-Verband, a fait tous ses efforts pour empêcher la formation de la Fédération. Celle-ci, à peine constituée, a vivement ressenti le besoin de posséder une Union coopérative alliée, qui prenne soin de l’éducation coopérative des sociétés et s’occupe de lui procurer à elle-même les commandes des coopératives. Une Union, pourvoyeuse de la Fédération d’achat, telle est la logique des choses.
Pendant les huit premières années de son fonctionnement, le Magasin de gros de Hambourg en a été réduit à déplorer l’absence de toute Union coopérative alliée. Bien plus, la Fédération allemande constituée en 1894 par 47 coopératives réunies à Leipzig, a toujours été en butte aux critiques de l’Allgemeine-Verband, ses débuts furent particulièrement pénibles.
§ 2. — L’Allgemeine-Verband, de 1859 à 1902.
Quel jugement pouvons-nous porter sur rAllgemeine-Verband, la plus ancienne des Unions coopératives qui existent au monde?
L’Allgemeine Verband (1), constitué dès 1859, est à la Veille de fêter son cinquantenaire ; cette Union qui n’a jamais acquis un caractère nettement coopératif, a été constituée à
(1) Le titre exact de l’Union est l’ Allgemeine-Verband der deuts chen Erwerbs und wirtschafts genossenchaften.
ALLEMAGNE
l’origine uniquement entre sociétés syndicales de vente ou de crédit. Cependant, depuis longtemps déjà, les trois groupes d’associations que nous avons pris soin de distinguer, voisinent tant bien que mal au sein de l’Allgemeine-Yerband ; les sociétés syndicales d’approvisionnement, de vente et de crédit y ont d’ailleurs toujours conservé la prépondérance. L’Union revêt beaucoup plutôt le caractère syndicaliste que le caractère coopératif.
L’Allgemeine-Verband comptait en 1895, 460 sociétés distributives adhérentes, comprenant un peu moins de 300.000 membres et faisant 82 millions de marks d’affaires par an ; cinq ans après, le chiffre des sociétés affiliées s’élevait à 568; le chiffre de leurs membres avait presque doublé, l’effectif des sociétés adhérentes dépassait 522.000 membres en 1900, les ventes s’élevaient la même année à 127 millions de marks (1).
Ces progrès sont indéniables ; cependant l’Allgemeine- Verband qui confondait dans son sein toutes les variétés d’associations, apportait le plus grand soin à augmenter le nombre des sociétés syndicales adhérentes ; la branche syndicaliste de l’Union reçut une extension plus rapide que sa branche coopérative.
Pendant tout ce temps, la Fédération de Hambourg commençait à prendre de l’extension et à rendre de véritables services ; les sociétés qui s’y étaient affiliées, faisaient partie depuis longtemps déjà de l’Allgemeine-Verband, mais elles se montraient de plus en plus mécontentes de l’Allgemeine- Verband dont l’attitude ne cessait pas d’être aussi hostile. Il était contradictoire d’être à la fois membre de l’Union et de la Fédération de Hambourg ; l’un devait triompher de l’autre. Une rupture était dans la force des choses. Les circonstances allèrent au devant de cette nécessité interne ; le remède devait provenir de l’excès du mal.
(1) Consulter la statistique allemande n° 3, p. 303.
§ 3. — Le « Coup-d’Etat » de Kreuznach (septembre 1902).
Rupture complète entre la Fédération de Hambourg etlAllgemeine-Verband. — Qu’aucun lien véritable n’ait jamais uni l’Allgemeine-Verband et la Société de Hambourg, c’est ce qu’il est très facile de constater ; cependant un lien officiel a existé entre ces deux Sociétés. Le Magasin de gros de Hambourg s’est décidé en 1900, six ans après sa création, à s’affilier à rAllgemeine-Verband (1), l’admission du Magasin de gros fut prononcée par le Congrès de l’Allgemeine-Verband, réuni à Hanovre le 5 septembre 1900. Toutefois, il n'y a pas lieu de faire grand cas de ce lien officiel : tout d'abord, il dura fort peu ; il fut dénoncé avec éclat dès 1902 ; de plus, il n’a jamais impliqué une communauté de vues, ni de tendances. 11 est difficile de dire à quelle intention a obéi le Magasin de gros en adhérant à l’Union : en fait, cette affiliation fut politiquement habile; par ce moyen, la Fédération échappa au reproche qu’on pouvait être tenté de lui faire, celui de vouloir faire bande à part ; de plus, elle obligeait le comité de direction de rAllgemeine-Verband à adopter à son égard une attitude ouvertement désobligeante qu’il était impossible de justifier.
Cette adhésion de la Fédération eut surtout pour effet d’amener la grande majorité des sociétés, membres de rAllgemeine-Verband, à accomplir en 1902 une sorte de coup d’Etat. L’esprit petit-bourgeois et foncièrement conservateur des sociétés syndicales adhérentes à l’Allgemeine-Verband, fut si vivement mis en lumière que peu de coopératives purent par la suite, rester affiliées à l’Union du docteur Crüger. Un coup de théâtre mit fin en 1902 à l’alliance des sociétés syndicales et des coopératives distributives que, par un prodige d’illogisme, l’Allgemeine-Verband avait réalisée pendant plus de 40 ans.
(1) Kaufmann, p. 176-177.
ALLEMAGNE
Le Congrès de Kreuznach ( septembre 1902). — Le congrès annuel de l'Union s'était réuni le 6 septembre 1902, à Kreuznach, en Westphalie (1). Les membres des sociétés syndicales de production et de vente craignaient beaucoup le préjudice causé à leur commerce ou à leur industrie par les coopératives et la Fédération de Hambourg. La très grande majorité d’entre eux avaient une situation indépendante : petits artisans, petits propriétaires, surtout petits commerçants ; la concurrence des coopératives ne pouvait que leur être désagréable.
Il y a plus à dire : les sociétés de crédit elles-mêmes souffraient directement de la concurrence qui leur était faite par les distributives ; celles-ci avaient institué dans leur sein des caisses d’épargne pour recevoir les économies de leurs membres ; les artisans, petits commerçants, petits paysans qui étaient membres des sociétés distributives et qui apportaient à ces sociétés leurs épargnes, desservaient les intérêts des sociétés syndicales auxquelles ils étaient également affiliés. Les coopératives, en constituant des caisses d’épargne, détournaient à leur profit une partie des fonds qui auraient été apportés aux sociétés syndicales de crédit.
L’hostilité des sociétés de crédit à l’encontre des coopératives était toute naturelle ; celle des associations ouvrières de production qui étaient parfois concurrencées par des sociétés distributives fabriquant elles-mêmes des articles de consommation courante, se justifiait également.
Associations ouvrières et sociétés syndicales avaient d’excellentes raisons de craindre la concurrence des coopératives, il n’en fallait pas plus pour donner aux membres du congrès de Kreuznach l’idée d’exclure de l’Allgemeine-Verband ces coopératives gênantes, en même temps que la Société de Hambourg qui centralisait leur force de résistance. Les sociétés syndicales avaient dans l’Union l’immense majorité :
(1) Kaufmann, p. 215-217.