CHAPITRE XV
l’Eigen-Hulp a vécu, el n’est plus qu’un souvenir du passé. Un seul trait reste commun à ces 10 sociétés groupées sous le nom de l’Eigen-Hulp ; c’est d’être très aristocratiques el de comprendre principalement parmi leurs membres des fonctionnaires ou employés de l’Etat et des communes et des membres des professions libérales ; en fait, aucun ouvrier n’adhère à ces sociétés eigen-hulpiennes.
Ces 10 sociétés ne sont pas importantes ; elles n’atteignent pas à elles toutes, le total de 7.000 membres ; la société d’Amsterdam qui compte 2.547 membres au 1er janvier 1907 et atteint un chiffre d’affaires de moins de 900.000 francs, est la plus considérable d’entr’elles. Ces sociétés ont été justement qualifiées de « chasseurs de dividendes » ; un mot les définit et les juge : elles n’ont aucun idéal coopératif et ne voient que le profit immédiat de fin d’année.
2° Les coopératives dites neutres.
La seconde catégorie des coopératives adhérentes au Bond est constituée par les sociétés distributives dites neutres ; elles comprennent à la fois dans leur sein des ouvriers et des bourgeois — nous donnons à ces mots leur sens trivial ; — elles ne s’occupent point de politique : c’est la fraction la plus importante des coopératives adhérentes à l’Union ; on en compte actuellement plus d’une quarantaine. Elles ont dans le Bond la majorité et atteignent les plus forts chiffres d’affaires des coopératives hollandaises ; au premier rang se placent les deux coopératives de La Haye, la société distributive autrefois membre de l’Eigen-Hulp, et le Volharding, « La Persévérance» (1).
L’une et l’autre comptent plus de 8 à 9.000 membres ; mais la première de ces sociétés, l’ancienne distributive eigen-
(1) La société de La Haye convaincue de l’absolue inutilité qu’il y avait pour elle à faire partie d’une Union dont l’activité était si faible, s'est retirée de l’Eigen-Hulp au commencement de 1907 ; il n'y a pas d’autre raison, paraît-il, à attribuer à cette démission.
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hulpienne, a le plus fort chiffre d’affaires ; elle a atteint en 1906 un chiffre de ventes de 2.150.000 florins, c’est-à-dire de plus de 4 millions 1/2 de francs ; son capital social se monle à environ 475.000 francs ; entin elle a réalisé en 1906 630.000 francs de bénéfices ; elle a donné une ristourne de 12 5 0/0 du prix d’achat des marchandises, ce qui est trop (1).
Le Volharding — la Persévérance — est la deuxième coopérative de La Haye ; elle compte 500 membres de plus que la société de la Haye autrefois eigen-hulpienne, mais elle n’a atteint en 1906 qu’un chiffre d’affaires de plus de 3 millions de francs ; elle est presque exclusivement composée d’éléments ouvriers ; elle borne sa principale activité à fabriquer du pain, cet élément essentiel de l’alimentation des classes ouvrières.
Les deux coopératives distributives de la Haye s’adressent chacune à une classe sociale différente ; le Volharding, fondé en 1882 par une centaine d’ouvriers, s’était autrefois occupé de politique ; la société, tout en restant favorable aux idées socialistes, a résolu depuis quelque temps de se désintéresser de l’action politique et de restreindre son activité à sa gestion économique.
Aucune autre société coopérative neutre adhérente au Bond ne mérite de mention ; les sociétés de Rotterdam et d’Amsterdam sont peu conséquentes.
3o Les coopératives socialistes.
Le troisième et dernier groupe des coopératives affiliées au Bond est constitué par les coopératives socialistes; elles ont tout récemment adhéré à l’Union ; ces sociétés sont au nombre d’une vingtaine.
Des considérations financières et commerciales ont seules entraîné leur adhésion : une coopérative ne peut adhérer à la Chambre commerciale du Bond, sans adhérer au Bond lui-
(1) Rapport pour 1906-07 du Cooperatieve Winkelvereeniging van H et district' s Gravenhage der Vereeniging Eigen-Hulp , p. 1.
même; ces sociétés s’affiliant à l’Union n’ont pas entendu adhérer au principe de neutralité du Bond ; elles ont voulu simplement bénéficier des avantages qu’offre la Chambre commerciale.
Ces sociétés s’inspirent du type belge des coopératives socialistes ; elles entrent ouvertement dans l’arène politique et soutiennent les ouvriers en grève ; leur nombre va sans cesse en augmentant ; ces distributives sont d’ailleurs en Hollande les seules à posséder un véritable esprit coopératif, il semble qu’en ce pays comme en tout pays coopératif, seules les classes ouvrières soient capables de comprendre ce qu’il y a de grand et de noble dans les institutions coopératives.
Les coopératives eigen-hulpiennes et les coopératives neutres de la Hollande présentent presque toutes à des degrés différents le caractère d’entreprises mercantiles ; ces sociétés manquent d’âme et d’énergie ; les coopératives socialistes, au contraire, petites et énergiques, sont des noyaux de propagande ardente socialiste et coopérative tout à la fois ; elles servent de centre de ralliement et d’école à la classe ouvrière de la Hollande.
Ces 25 coopératives socialistes adhérentes au Bond, toutes inspirées du même idéal politique, forment entr’elles une Union et luttent d’accord les unes avec les autres sur le terrain politique et électoral.
Au total les 70 sociétés adhérentes au Bond ne comptent que 42.000 membres et effectuent 10 millions d’achats par an.
Il importe maintenant, que nous avons étudié la base sur laquelle repose le Cooperatieve Bond, d’en examiner la structure et le fonctionnement,
§ 6. — A. — Fonctionnement du Bond ou de la Chambre consultative.
1° Composition du Bond. — Le Nederlandsche Bond se compose de sociétés distributives, de sociétés syndicales et d’as-
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sociations ouvrières de production (1) ; ces sociétés syndicales et associations ouvrières étaient au nombre de 30 au début de 1907, alors que 70 sociétés distributives avaient fait adhésion au Bond. L’exclusion des sociétés syndicales et associations ouvrières, dans un avenir assez rapproché, semble probable ; en tout cas, dès maintenant, la majorité dans le Bond appartient à l’élément coopératif (2).
2° Administration du Bond. — La structure de l’Union néerlandaise rappelle beaucoup celle de l’Union coopérative française : la Chambre consultative de l’une et de l’autre de ces Unions a pour mission essentielle de donner des consultations juridiques à ceux qui les sollicitent et d’organiser la propagande ; l’organe commercial, l’Office coopératif ou la Chambre commerciale, constitue de part et d’autre un embryon de Magasin de gros.
Les deux Chambres dont se compose le Bond sont dirigées par deux comités, nommés l’un et l’autre par l’assemblée générale de l’Union; par leur réunion, ces deux comités forment le Bondsraad ou Conseil directeur de la Fédération : il se compose de 7 membres élus par les sociétés affiliées.
Il est intéressant d’étudier selon quels principes, différents chiffres de voix sont attribués aux sociétés adhérentes ; les sociétés comprenant de 50 à 500 membres auront droit à autant de suffrages qu’elles comprennent de fois 50 membres ; mais au-dessus de 500 sociétaires, les sociétés adhérentes n’augmentent d’une unité le chiffre de leurs voix qu’autant qu’elles ont 500 sociétaires en sus des 500 précédents (3). Les petites et moyennes distributives sont ainsi fortement avantagées au détriment des grandes : il est très facile de posséder 10 suffrages, mais très malaisé de dépasser ce chiffre de voix. Des 70 sociétés adhérentes, il n’y en a que 8 qui jouissent de
(1) Article 6 des statuts.
(2) Rapport du Bond pour l’année 1906-1907, p. 26-27.
(3) Article 11 des statuts et Rapport du Bond pour 1906-1907.
plus de 10 voix, les deux grandes distributives de la Haye possèdent chacune 22 voix ; c’est le maximum atteint jusqu’à ce jour.
3° Revenus du Bond.— Les revenus annuels de la Chambre consultative, disons du Bond, pour simplifier, ont une double origine.
а) Le Bond commence par prélever 1 0/00 sur le chiffre des ventes de la Chambre commerciale aux sociétés adhérentes, durant la pénultième année. Dans l’exercice 1906-1907, la Chambre commerciale a eu un chiffre d’affaires de 1.639.000 florins, soit 3 millions e demi de francs environne prélèvement de 1 0/00 à opérer en 1908-1909 sur ce chiffre d’affaires déjà ancien sera de 1.369 florins, soit 3.441 francs (1).
б) A côté de ce prélèvement de 1 0/00, la Chambre consultative perçoit une cotisation annuelle de 5 cents ou 10 centimes par membre des sociétés adhérentes. Dans le budget prévu pour 1908-1909, cette source de revenus est évaluée à la somme totale de 2.451 florins, soit 5.147 francs. En effet, à côté des sociétés distributives, le Bond comprend des sociétés syndicales et des associations ouvrières que cette taxe a principalement pour but d’imposer.
c) Beaucoup de ces associations ouvrières de production sont peu nombreuses ; on a jugé qu’il n’était pas suffisant de leur faire payer 10 centimes par membre et par an. On a fixé pour toute société adhérente au Bond une cotisation minimum de 10 florins par an ; il importe peu que cette somme ait été payée ou non sous un seul chef de recettes (1). Cette disposition a pour principal résultat de porter à 10 florins la cotisation de la plupart des associations ouvrières ; elle a produit au Bond un supplément de recettes de 500 florins environ.
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Les deux sources de recettes, avec adjonction de la règle de la cotisation minima de 10 florins, produiront pour 1908- 1909 une somme totale de recettes de 4.613 florins, soit 9.687 francs. Le budget de l’Union s’élèvera donc en 1908- 1909 à moins de 10.000 francs, on voit la faiblesse de ces recettes ; toutefois on n’en demeurera pas surpris, si l’on songe que l’Union n’embrasse qu’une population coopérative de 42.000 membres.
Le système actuel de fixation de ressources du Bond est tout récent ; il ne date que de 1906 et 1907 ; auparavant, l’Union avait pour unique ressource, un prélèvement de 1 0/00 du chiffre d’affaires des coopératives adhérentes avec leurs propres membres. A ce titre furent prélevés en 1905-1906, 3.966 florins ; le chiffre d’affaires des 46 sociétés adhérentes à cette époque se montait en 1904 à près de 4 millions de florins : la somme prélevée en application de ce système était sensiblement égale à celle que produit le double prélèvement actuellement en usage (1).
§ 7. — B. — Fonctionnement de la Chambre commerciale.
A côté de la Chambre consultative, simple organe de propagande et de renseignements, fonctionne la Chambre commerciale de la Fédération : c’est à elle qu’incombe la tâche fondamentale d’organiser dès maintenant aux Pays-Bas l’achat et la production coopératifs. A l’heure actuelle, la Chambre commerciale a disparu en tant que simple section du Bond, elle a donné naissance à dater du 1er mai 1907 à un véritable Magasin de gros. La transformation de la Chambru commerciale, simple commissionnaire en un Magasin de gros, doué de personnalité juridique et pourvu de capitaux, a eu pour résultat de séparer nettement les deux sections de Bond, la Chambre consultative et la Chambre commerciale ; à par-
(1) Rapport du Bond, pour 1906*1907, p, 27.
1er plus exactement, il y a maintenant deux institutions parallèles mais distinctes, d’une part le Bond, rUnion coopérative néerlandaise constituée seulement par la Chambre consultative, organe de propagande ; d’autre part, le Magasin de gros ou Fédération d’achat, entreprise essentiellement économique et commerciale. La Chambre commerciale en acquérant une certaine influence, s’est progressivement détachée du Bond. La plupart des pays coopératifs manifestent un processus tout à fait similaire. Normalement c’est au sein de l’Union que prend naissance la Fédération ; celle-ci une fois devenue assez forte, se met à vivre d’une vie propre.
1° Composition de la Chambre commerciale. — La Chambre commerciale ne comprend que les sociétés coopératives adhérentes au Bond ; une trentaine de sociétés syndicales ou d’associations ouvrières de production adhérentes au Boncl en 1906 restent en dehors de la Chambre commerciale ; toutefois celui-ci n’a pas à déplorer l’absence de ces sociétés anticoopératives ; elles ne lui apporteraient ni force morale ni puissance d’achat .
2° Son administration. — La Chambre commerciale est administrée par un comité siégeant à Rotterdam, tandis que le Comité directeur du Bond tient ses assises à La Haye.
3° Son capital social. — Dès le début de son activité, la Chambre commerciale a eu besoin de capitaux assez importants. Son capital social était constitué par les souscriptions des sociétés adhérentes qui étaient obligées à un minimum de versement de 1 florin par membre ; au 1er janvier 1907, les 67 sociétés distributives rattachées à la Chambre commerciale comprenaient 42.035 membres ; elles avaient souscrit 88.200fr. de parts sociales, dont un peu plus de la moitié était versée, exactement 45.150 francs (1).
(1) Statistique de Hollande n° 2, p. 417. '
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L’assemblée générale du 27 avril 1907 qui érigea la Chambre commerciale en Fédération d’achat, a décidé de porter à 2 florins la souscription minima de chacun des sociétaires des coopératives adhérentes; la Fédération va entrer en possession d’un capital double de celui de la Chambre consultative.
Les revenus annuels du Magasin de gros sont ses bénéfices commerciaux : nous voudrions apporter ici des chiffres ; malheureusement la chose est impossible.
La Fédération d’achat ne remonte qu’au 1er mai 1907 ; jus qu’à cette date, la Chambre commerciale ne pouvait avoir de véritables bénéfices; elle faisait seulement fonction de commissionnaire et de courtier agissant pour le compte des sociétés clientes ; la Fédération est de création trop récente pour avoir déjà publié de bilan financier.
11 est intéressant de constater de quelle manière seront répartis les bénéfices ultérieurs de la Fédération. Avant tout prélèvement, 10 0/0 des bénéfices doivent être affectés au fonds de réserve du Magasin de gros ; ce fonds de réserve esl, pour le moment, tout entier à créer. 10 0/0 sont attribués à la caisse du Bond ; 8 0/0 sont répartis entre les employés du Magasin de gros ; le reste des bénéfices est partagé par parties égales entre la Fédération et les sociétés clientes (1).
Ce mode de répartition est très sage : plus de la moitié des bénéfices est socialisée, affectée à différents fonds collectifs. De pareilles dispositions révèlent chez ceux qui les ont préconisées et adoptées un véritable esprit coopératif ; nous ne pouvons que les en féliciter et souhaiter au Magasin de gros de connaître bientôt une heureuse prospérité.
4Ü Développement de la Chambre commerciale (1889-1907). — La Chambre consultative n'a encore pris qu’un développement presque négligeable ; depuis sa constitution, elle n’a jamais réussi à réaliser de progrès satisfaisants. Fondée le
(1) Articles 22 et 29 des statuts.