INE CÉRÉMONIE SAINT-SIMOXIENNE
(Liibliolhcque du Couservaloire de musique.)
Fi::iJCir.N I) A VI n v.)
« (l('iit''n'ii\ coiiimi' S(»iil les paiiNiTs ». lait ohscrx ci- M. lit'llaii^iic. David lui al lin'' par k'S doctrines S;iiiil- Simoriicnnes, vl sédiiil pur leur portée sociale el f(digioiise. En outre, les idées niusicules (jui fernientaieiit en son cerxean ti'ouvi'renl lonl dahoril It-ui" finploi dans la tâche tjui lui lut dévolue Parmi ces hommes réunis sous un même toit el menant en connnun une vie disciplinée, nulle mission n'aurait pu mieux réussir à exalter son tempé-ramenl d artiste': Il lui apparteiuiit d'être le saint Amhroise du nouveau culte en créant, en remplissant tout au moins les formes liluririijues convenant à ses cérémonies. Le compositeur de\ait se douhler d'un maître de chapelle dont les travaux ne constituaient |>as une sinécure. Avec laide d'un exvioloncellisle de l'Opéra-Comique, Tajan-Rojé, il faisait répéter ses quarante choristes, dont au moins la moitié ig^norait le solfège. Mais l'intelligence, la persévérance et la honne volonté v suppléaient, et le résultat était, nous dit-on, foi't remarquahle. Au surplus, le puhlic pouvait en juger, les portes du monastère Saint-Simonien lui étant ouvertes deux fois par semaine.
Les titres de ces chœurs nous renseignent assez exac-
en trouver un dossin assez exact, nialgn- fexaiïéraliou satirinue un pou trop niari|uéo, dans le Jérôme Palumt à la recherche d'une posilion sociale et politique, de Louis Reybaud.
' Il lit toutefois exception parmi ses coreligionnaires : « L'art échappait absolument aux Saint-Simoniens, malgré les elTorts qu'ils ont laits pour le comprendre. Parmi eux je ne vois guère qu'un artiste: Félicien David, car Gleyreles a côtoyés, mais ne s'est pas donné. » (Maxime Du Camp : Souvenirs littéraires.)
Iciiu'iU suf le caraeltTC des événeiiienls et des cérémonies auxquels ils se rattachaient.
Dans une sorte d'Appel au public qu'il rédigea en 1833, au moment de partir pour lOrient, leur auteur, en en annonçant la publication, déclarait que ces productions appartenaient déjà à l'histoire, et que Dieu lui avait donné de « pressentir une musique nouvelle ». L'ensemble formait liuit livraisons. Nous y trouvons des Prières du matin et du soir, des chceurs destinés à être chantés avant et après le repas, d'autres célébrant la Prison du Père (Enfantin, à la suite du procès intenté aux Saint-Simoniens, était entré à Sainte-Pélagie), ou une Prise d habit \ ou encore des chants sociaux. Il s'y tiouvail également un certain nombre de morceaux de piano. On rencontre dans cette publication quelquesunes des pièces composant un recueil pj'imilif intitulé:
MKNILMONTANT
chant religieux
Musiquo de Félicien David,
Apôtre.
dont le premier numéj-o était dû, pour les paroles, à Bergier « ouvrier carreleur» et, pour la musique, à notre
' Voici (luel était le costume des Saint-Simoniens à Ménilmontant : tuni(iue bleue (couleur de la foij, ouverte sur la poitrine, serrée à la taille, tuyautée sur les hanches; gilet rouge (couleur du travail), se boutonnant sur le dos et symbolisant ainsi la fraternité, nul ne pouvant la revêtir sans le secours d'une main fraternelle; plastron blanc (couleur de l'amour), sur lequel était écrit en grosses lettres le nom de son propriétaire — ou plutôt de son porteur; pantalon blanc plissé, serré par une ceinture, emblème du voyage auquel tout disciple devait se trouver préparé ; collier chargé de signes symboliques, etc.
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néoplivlo, « iiieiiibrc de la laiiiillt' Saint-SiiiioDirmie ».
D'autres circonslanccs in' iMan(|uai(Mil pas de venir, au jour le jour, provo(|uer riiispiralioii eliez Félicien David : l'inauguration d'un temple, les funérailles de l'un des livres mort du choléra ', les prédications, coupées d'interludes improvisés au piano, le retour du Père Enfantin qu'une courte absence avait momentanément enlevé à ses enfants spiritutds-. lOulin, une leçon d'astronomie donn(''e par M. Lambert, et dans laciuelle des mouvements opérés par quelques-uns de ses élèves munis de llambeaux fiiiuraient les révolutions astrales, mise en nmsique par l'infatigable maître de chapelle, donna naissance à l'originale Danse des as/res'\
Cette existence, enviable à bien des égards, ne devait pas tarder à prendre lin. La condamnation des principaux chefs du Saint-Simonisme entraîna la fermeture de la maison commune et la dispersion de la famille. Plusieurs exodes successifs eurent lieu à peu de jours de distance. Félicien David quitta Paris l'un des derniers, le 15 décembre 1832, accompagné du professeur Barrault et de (juehjues amis, dont le rêve était d'aller
' J'ai eu sous los yeux le manuscrit d'un morceau de piano porlant ce litre : « Accompagnement dans le clioiôra » [sic), qui se rapporte probablement à cette circonstance (Collection de M. Charles Malherbe).
- Duveyrier, l'un des coreligionnaires de David, le pria un jour tic composer une symphonie sur la devise Saint-Simonienne : « A chacun suivant sa capacité, à chaque capacité suivant ses œuvres, » thème peu susceptible de développcmcnls musicaux et qui heureusement demeura stérile.
^ M. Reyer l'apprécie en ces termes : « Composition pleine de poésie et de charme, ronde tourbillonnante et lumineuse. »
porler à l'Egyplo leurs idées sociales et scientifiques, afin (le rendre à la terre des Pharaons son ancienne prospérité. « L'Egypte ». a dit Bossuet, « est une espèce de phare au milieu de la nuit profonde de la très haute antiquité. » Les yeux fixés sur cette lumière, ils partaient, animés dune ardeur, d'une loi, d'un zèle atlmirahles. « Ce fut », écrivait trente ans plus tard un de leurs fervents adeptes, Charles Sauvestre, — « ce fut un véritahle apostolat, y compris le martyre, tel du moins que peut le comporter notre civilisation. On ahandonnait sa fortune à la communauté, et l'on partait, sur l'ordre du Père, à pied, le sac sur le dos, le bâton à la main, comme le prolétaire qu'on voulait rehausser: on se mêlait à ses travaux; on ne se bornait pas à des discours, on prêchait d'exemple. Tel officier du «-énie allait tourner la meule à Lyon, au grand ébahissement du coutelier son maître. Folie, dira-t-on, mais folie sublime, comme la foi seule peut en enfanter ». Ajoutons que ces apôtres étaient parfois aussi des prophètes, et (jue, pour en fournir un témoignage, la pensée première du canal de Suez est peut-être due au Père Enfantin '.
La petite troupe vient de quitter Paris, au fort de l'hiver, le cœur plein de tristesse et tout ensemble d'espérance, car elle marche, — ou croit marcher — vers la Terre promise. Chemin faisant, Félicien continue de
* Cependant il est bon d'obscrver que, dans Tune de ses conversations avec Kckermann len lévrier 18i7), Gœtlie exprimait le désir de voir le percement des isliimes de Suez et de Panama.
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diriger les élu<l<'s <lu (|iialuor vocal dont il a trouvé les ('It'iiuMils parmi ses lOiiipagnons, el ion donne fies coiRM'ils dans les jirinci[)al('s villes (iiir traverse la route. I*'t''tis, dans sa liiof/raphic iiinvcrsclle des musiciens, nous apprend, i-l r'fsl tout à l'Iionncui" des Sainl-Sinioniens, que le j)roduit des concerts était lidldcment versé à la caisse commune. Malheureusement c»,' tribut ne devait guère l'enrichir, l'entrée à ces séances avant toujours été gratuite.
A Lyon, oii se trouvaient un certain nombre de leurs partisans, les pèlerins reçurent bon accueil. Félicien fut natundlement très sensible audonijuelui lit M. Charan, dun petit piano fabrifjut'- de manière à résister aux vicissitudes dun long- voyage.
Dans cette ville lui fut adressée, par le Père Enfantin, une lettre, fort tendre et touchante à travers les nuages d'un stvle aux mystiques obscurités : le prisonnier réclamait des nouvtdles de « ctdui ([ui chante ». « Il faut que tu me dises ce que tu vois, ce ({ue tu penses et qui tu aimes. Il faut que tu me dises si, dans ce monde tout nouveau où je t'ai jeté, il le vient au cœur des boudées d'harmonies nouvelles, si le peuple t'ai'rive cà l'âme avec ses mille voix rudes de travail et de misère, si les marteaux, les scies, le bruit des roues, le sifflement
du vent, t'envoient à l'oreille des accords nouveaux
Mais, ce que je te demande par-dessus tout, c'est toi, c'est ton cœur »
Le pauvre David n'était pourtant resté ni silencieux ni inactif. Il avait composé, sur la Prison du Père, un
chœur (cité plus haut), et se promettait de n'en pas demeurer là : « Je verrai vos yeux fixés sur moi », écrivait-il à son directeur spirituel, « et j'y puiserai des inspirations neuves... «
Le costume pittoresque des Saint-Simoniens, bien accueilli à Lyon, faillit, lors de leur passage à Avignon, déchaîner contre eux le fanatisme de la populace. Leur calme les sauva, et ils furent quittes pour quelques pierres, heureusement mal lancées par des mains d'ivrognes. Marseille leur réservait une revanclie éclatante, et de tumultueuses ovations les suivirent jusqu'en pleine mer, oi^i des bar([ues firent escorte au brick Clorinde qui les emporta, le 22 mars 1833, vers Constanlinople\
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