‹ Félicien DavidChapitre 5 sur 7 · i>"ii · texte numérisé non relu

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CR.VVLHE E.\TR\ITI" DU nEClEII. INTITTLÉ Mi'IlillilOUlUII t ET REPKÉSENTAXT UNE PRÉDICATION S AINT-SIMOMENNE

(Bibliolliôiiue du Conservatoire de rausiijue.)

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rciidaiil à l*aris il xoiilul if\(tir Aix r| 1rs parciils ou amis (|iii s"\ (i-(iu\ ainil ciicdrc. Lr clinh-ra ICii cliassa, iH''pli(iU(' (l(''sai:rt''alil<'im'iil svint'lri(|iit' (h* la peste du Caire. Paiis. en (h'-pil du j)ros])ecLus aLli'ayant, n'accoT'da nulle alleidion aux Mt'lodics Orientales, el, pour condde de disgràee, un incendie dt-truisil peu a[jif'S les planches et ce (|ui reslail — c'esL-à-dirt^ la [)i-es([ue totalil('' — di' rt''diliou pul)li('e aux Irais de lauteui'. Ti'isLe réalité après de si beaux rêves ! Mais, ainsi que le dit trop justement l'un des amis du compositeur, Sylvain Saint-Etienne : « David était encore iiznon'', les éditeurs n'ayant pas cru devoir, en cette occasion, l'aire sonner leurs fanfares éclatantes, comme s'il se fût agi de quelques-unes de ces nullités possédant, à défaut de lalenl, la science du iiii/f et de la réclame. » Derechef il dul courii- le cachet et se résigner à étouller toute velléité ambilieuse, devant l'échec de ses premières compositions : « S'il fallait juger de leur mérite par le succès qu'elles ont obtenu, » écrivait-il à l'ami (jue nous venons de citer, « j'aurais de tristes compliments cà me faire. J'en ai pris mon parti. Maintenant, je travaille pour mon plaisir, parce que c'est chez moi un besoin, une jouissance. Dieu fera connaître mes œuvres quand il le voudra. .M;iis pour cela je ne m'abaisserai pas à mendier des protections auprès de g:ens qui ne me valent pas. Ai-je raison d'être lier?... Tu me parles de la gloire (jui doit être le but constant de mes travaux, de la poslérilt- (|ui me jugera mieux un jour: mais, mon chei' ami, (ju importe la postérité si

je meurs niôiiie pendant ma vie? La gloire après la mort n'est qu'un vain mot. Elle serait quelque chose si elle pouvait nous dédommag'er des maux que nous avons soutlerts pour elle.

» Ainsi me voilà tout à fait dans l'ombre : je ne suis pas fait pour l'intrigue; encore moins pour la musique de convention, celle (ju'il faut livjer au public pour se faire bien venir de lui. Cliaque auteur a son genre; le mien, je le sens bien, est trop sévère, trop religieux ])Our le public. »

On juge que la musique de Félicien David a vieilli... bien moins assurément que ses principes !

Malgré tous ces motifs de lassitude morale il travaillait, et beaucoup. 11 étudiait l'instrumentation de Beethoven dans la Symphonie héroïque et dans celle en ù bémol. 11 s'attaquait à ce genre redoutable et pour lequel, malgré d'estimables essais, on peut affirmer que la nature ne l'avait point créé.

L' « ombre » cependant continuait de s'épaissir en lui et hors de lui ; comme tous ceux que l'injustice a froissés, il se sentait en proie à un irrésistible besoin de solitude. Un de ses coreligionnaires, M. Tourneux de Voves, mit à sa disposition une maison de campagne qu'il possédait à Igny, dans la vallée de la Bièvre. — Pendant trois années il y vécut, réuni à ses amis pendant l'été, absolument seul le reste du temps, — méditant, composant, se livrant avec prédilection aux travaux du jardinage, pouvant redire pour son propre compte la parole du plus grand des musiciens : « J'aime

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iiiicux un aihit' ([u'uii hoiiiiiic ! » — Sa naliiir pensive et iiivsti(iut' s" « inU'rioiisa ») dax aiilatic oncort' au milieu de ce calme aizresle; mais il ne se laissa aller ni à l'oisiveté ni au découragement, et après avoir laborieusement employé six Jours de clia(|ue semaine, il se « reposait » eu consacrant le seplii-uie à st'S amis parisiens.

Pour cette visite hebdomadaire, il partait dès l'aube el la devançait nu-me ([uebiuefois, faisait, en leur sympalhicjue conijKiunie. pro\ision de forces morales, et repartait, la nuit venue, vers son ermitage. — Il est bon d'ajouter (|ue l'allei' et le relt)ur s'accomplissaient pédestrement, quels (|ue fussent la temjtérature et l'état des routes. — au total trente-deux kilomètres.

Le compositeur Boisselot et le violoniste Armingaud le réconfortaient tout particulièrement de leur affection. C'est pour ce dernier et quelques-uns des musiciens qui l'entouraient, (jue Félicien écrivit le recueil des vingt-quatre quintettes pour instruments <à cordes intitulé Lf'.s Saisons. Que ni le mot ni la quantité n'étonnent le lecteur. Il ne s'agit là (jue de courtes pièces dont plusieurs sentent l'improvisation, mais que de jolies trouvailles mélodiques et rythmiques rendent agréables à l'oreille. Parfois une pensée comique s'y fait jour; tel, par exemple, le 18" ([uintette, faisant partie des Soirées d'automne, et dans lequel les notes sol, fa dièse et ré, obstinément répétées, rappelaient aux exécutants le cri d'une pompe voisine, assurément mal graissée, et qui exhalait lesdites notes sous letfort d'un portier mélomane sans le savoir.

David composa ('galcincnl de 1(S38 à 1841, pendant son exil volontaire, dixcrses mélodies vocales, d'autres pour violoncelle et piano, deux nonetti pour instruments de cuivre, tentative curieuse par sa rareté môme, cnlin une symphonie en fa (jui. exécutée par l'orchestre des concerts de la rue Saint-llonoré, lut favorahlement accueillie. Saisissons celte occasion de rendre hommage au bon musicien et <à Ihomme désintéressé qui était à la fois le fondateur et le directeur de cette entreprise : Valentino, ancien chef d'orchestre de l'Opéra. Son tort fut d'être un précurseur, ayant le sens artistique plus développé que celui des affaires... C'est un ingrat métier que celui de prophète, et le Sic vos non vobis est de tous les temps comme de tous les pays.

Quelque peu consolé par des succès modestes mais encourageants, le solitaire se détermina à revenir habiter Paris. Ce fut l'île Saint-Louis, aimée de Sainte- Beuve et de Baudelaire, qui hxa son choix en 1841. Là, dans une chambre située au n'^ 9 du quai d'Anjou, il acheva sa svmphonie en ?ni bémol. — Qu'on nous permette ici d'ouvrir une pai'enthèse :

Le mot de « symphonie », lorsqu'il s'applique à des compositions de Félicien David, ne doit point évoquer l'image de thèmes créateurs, féconds en développements et principes vitaux de profondes combinaisons organi- (|ues, se déployant à travers le tissu de la polyphonie orchestrale. Non, Ion se méprendrait en cherchant ici une analogie réelle avec les œiivres symphoniques d'un Mozart, dun Schumann, d'un Brahms

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et surloul d'im Ucriliox en. Mais, ces n'sci'N es failcs, il sérail in jiislc el j)U(''iil de (lt''(laii;ner les paires cliai'iiianles, aux l'ylliiiies éléiianls. aux pensées clairement mélodi- (jues flont se pare, pour la citer en exemple, la svinplionie eu })ii lirmol. Le didtui lail iii\ oloul airement songer àetdui de ïl/aliouic de Meudtdssohn. h'andanle, en sa grâce un peu luolle, semble avoii' été inspiré par le souvenir de Tune de ces belles nuits passées sur la leirasse de la maison de Smyrne. Le sc/ierzo, vif et pétulant, sautille comme une danse de djinns. Quant au finale nous devons nous y arrèh-r un inslanl. C'est qu'en efïet il présente. — surtout si Ion y joint le thème du l"" quintette [en la majeur) en prenant un peu de lun et de lautre, une ressemi)lance frappante avec la célèbre gavotte de Mignon, d'Ambroise Thomas. Coïncidence d'ailleurs purement fortuite et que l'on ne saurait en bonne juslice reprocher à ce dernier. Il n'en est pas moins vrai que David demeura loujouis pei'suadé qu'un plagiat avait été commis à son détriment : alors qu'il remplissait, ou plutôt (ainsi qu'on le verra par la suite) qu'il ne remplissait pas les fonctions de bibliothécaire du Conservatoire, il dit un jour à des élèves qui faisaient quérir sa symjdionie — ou son (juintetle : « C'est cela, vous pourrez savoir ainsi où votre directeur va puiser ses inspirations 1 »

Redescendons sur le sol de Paris (|ue conlinuait d'arpenter Félicien David, beureux d'avoir enfin rencontré quelques élèves rétribuant ses leçons au taux de six francs le cacliet. Fût-ce celte amélioration pécu-

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iiiairt' (|ui lui permit (l'al^andoiincr le (juai poéli(jiie et lointain pour aller chercher les hourtieois chez eux? Quoi qu'il en soit, l'an 1842 le ti'ouve inslallé au n" 17 (le la rue Fontaine-Saint-Geor^es, oi^i il put donner l'essor à ses ambitions au point de se procurer un piano payable à raison de (|uinze francs par mois. Il composait toujours, mais les éditeurs, plus que jamais enclins à considérer l'art d'un point de vue abstrait, se contentaient de graver ses ouvrages, sans oser l'iiumilier par une rétribution mercenaire. — Touchante pensée dont les jeunes musiciens n'ont jamais bien apprécié toute la délicatesse !

Ne généralisons pas Iro}), toutefois : un éditeur, M. Benaci — il est vrai que ce Mécène provenait de Lyon et ne pouvait avoir tous les raflinements de ses grands confrères parisiens — M. Benaci, dis-je, (retenez ce nom !) aclieta au musicien trois mélodies au prix de vingt-cinq francs l'une. Parmi ces mélodies se trouvaient les fameuses Hirondelles, dont le succès — qui dépassa notablement leur Mileur — - fut immense, après que le triomphe du hhert eut porté aux nues le renom de lauteur. (l'est alors que le digne et généreux lyonnais revendit son acijuisilion avec un beau bénéhce. Et pour cette fois, un bienfait ne fut pas perdu !

Celte opération commerciale, la })lus fructueuse (]u'il eût encore faite, jointe au commencement de notojiété (|ui déjà entourait son nom, encouragea Félicien David et lui lit concevoir de plus hautes ambitions telles

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FÉLICIEN DiVVID

KKONTISI'ICE [»E LA PARTITION H U DésCrt. vD'apios une litliograpliio ilo Coloslin Naiik'uil. LiiLiliolliC'iac Je l'Opéra.)

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se ivsuiiiaiciil dans le dt-sir il'iiii coiicfi-l iloiiiu' dans la salle du Conservait. iic cl iialurrllmitMil ronsacré à ses propres (inivres, ainsi (|ue iaxail lail lierlioz (jualor/.e ans aui>aravant. lN)uro«da il fallait de rai\i:ent, Iteaiicoup de travail el l'auloi-isalion du ministre. (î(dui-ei. M. de Montalivet, se numtra hienveillanl . Ouant au reste on en vint à bout, iiràce au dévouement d'amis iiilèles, et à un labeur acbarné de copiste auquel se livra résolument le compositeur. Quels empècbements l'obligèrent de reporter au S décembre ISii le concert projeté poui" l'année précédente "? Nous l'ignorons, mais jamais délai ne fut plus providentiellement imposé par les circonstances.

En effet, guidé par son instinct et par ses souvenirs, David se laissa orienter — c'est le cas ou jamais d'employer cette expression — vers l'entrepiise la plus propre à mettre en lumière l'orig'inalité de son génie. Une mélodie écrite en Egypte sur des paroles de l'un de ses compagnons de route, M. Cogniat, et qui n'était autre que V Hymnr à la Nuit, devint le germe autour duquel vinrent peu à peu se grouper les autres parties deTteuvre nouvelle. Mais le plus malaisé n'était pas d'en rassembler les principaux épisodes, et le problt-me à résoudre se posait en ces termes : quelle forme convenait-il de donner à l'ensemble ? Fallait-il faii'e précéder le programme d'une notice explicative, ainsi que Berlioz lavait fait pour sa Sfjmphonie fantastique , ou confier à des thanteurs le soin de transmettre au public ces explications sous l'espèce de récitatifs foicémenl assez longs ? Féli-

cien David rejela lun et l'autre moyen, et se détermina à la déclamation pure et simple des strophes narratives qui exposent l'action rudimentaire et en esquissent la scène. Le chant exprima les sentiments ou plutôt les sensations des vagues entités se mouvant dans cet immense décor. Et le décor enhn, ce fut l'orchestre seul qui se chargea d'en brosser les lignes grandioses. Ces points principaux définitivement acquis, le musicien chercha un littérateur a})te à les respecter dans la réalisation de son poème. Auguste Colin (voyageur comme lui, et comme lui disciple de Saint-Simon), lui sembla le collaborateur rêvé. De cette collaboration na(|uit l'ode-symphonie qui devait inniiortaliser le nom de Félicien David.

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