SEULE
Daumier dans ses manœuvres larges el nerveuses, comme fondues en des huiles.
11 faut aussi rattacher à celle période truculente et nourrie la bonne vieille coiffée du barada et marmonnant ses paternostres En attendant la confession. Sourdines d'ombre en pleine pâte, valeurs liées et pleines chromatisant le jeu des demi-tons, ricochets sur la dalle de palets de soleil entrés par quelque verrière, c’est du plus riche coloris.
Meme accent plus chatoyé encore, en cette litho étoffée et faite de peau de péché, la Vieille Garde, du satin, de la moire, de la braise, un noir de catafalque par-dessus de la chair grasse d’onguents, et mieux encore, le chaudron vivant de tous les péchés capitaux. Le Rops tragique de tout à l’heure, avec son fumet vicieux et chaud, est en germe dans l’idole faisandée aux nus charbonneux, au rire à coups de dents fendant un masque pochonné d’ombre, aux matités molles du sein hors du corset, outres auxquelles s’abreuvèrent les générations. Ailleurs, encré par le bon lithographe habituel, Ph. Ham, Un monsieur et une dame conversant, forment un tableau plein, nourri, symphonisé, à base de tons moelleux et fonciers, que n’égala nul Courbet et qui est, quoique simple litho, du plus grand art de toutes les époques. Rops est bien là le roi soudain du crayon ; son dessin brusque, à reliefs et à cassures, avec des plans d’ombre et de lumière, des accents modelés sur le muscle, les os et l’action de la vie, sait, d’une touche d’estompe ou d’un tranchant de burin, caler un type, concréter un caractère, mettre au point des morceaux de synthèse humaine. C’est bien là le dessin des grands coloristes de la race et on peut dire que c’est aussi de la peinture, de la vraie, au crayon.
S’il lui fallait trouver des analogies au dehors, on sent bien qu’on n’a pas tout dit en nommant Gavarni et Daurnier, même Daumier. Est-ce que dans la peinture du temps, il n’y avait pas eu quelqu’un qui, le premier, avait recherché les pâtes, les ragoûts, la belle substance, la morbidesse élastique, les accents [usinés, et qui, d’un art de grand peintre, au surplus, en broyant du Goya, du Ribera, du Hais dans sa couleur à lui, avait apporté une sensation d’ancienne maîtrise et de tradition renouvelée?
11 est douteux que Rops connut Courbet pendant l’hiver que celui-ci Vint passer à Bruxelles, Vers 1851 : il n’aVait alors que dix-huit ans; mais il avait pu voir les Casseurs de pierre et le Bassiste (violoncelliste) qui avaient pro-
duit un gros effet au Salon. On parlait bien encore à cette époque de Rubens et de Jordaens, mais comme d’ancêtres lointains, morts sans héritiers. L’ancienne Flandre d’art, la Flandre des ribotes et des priapées du XVI F siècle, s’était mise au régime du Vin coupé d’eau et de la tisane romantique. Au lutrin où avait retenti l’hymne païen, les castrats des chapelles sixtines n’avaient plus fait entendre qu’un mince filet de voix. 11 sembla, avec ces gros morceaux d’humanité, qu’une Vitre eût été, d’un coup de poing rude, brisée dans une chambre sans air. On respira une odeur de nature et qui n’avait plus rien du moisi de l’atelier. Un peintre français, ce paysan du Doubs, avait réalisé le miracle de révéler l'art belge à lui-même.
L’emprise fut vive sur une jeunesse tourmentée de l’inconnu qu’elle portait en elle-même. Courbet apparut le mâle sauvage, abreuvé du lait de nature et cornant aux horizons une clameur délivrée. On Voulut voir repercer dans son large réalisme un peu du franc génie de la race. Quand on regarde les Roi boit de Jordaens, avec leurs modelés estompés et tournants, avec le sang et le lait de leurs carnations miroitées de reflets, mais nourries de dessous vigoureux, on perçoit, en effet, un air de famille dans leur commun naturisme, sans qu’on puisse nier que Couture lui-même soit bien loin.
Courbet et Couture remuèrent profondément l’école. Ch. De Groux préludait alors à son art douloureux et personnel. Joseph Stevens avait fait son Bruxelles le matin ; son frère Alfred, au sortir de l’atelier du peintre des Derniers romains, avait eu des débuts trompetés. Ceux de Louis Dubois allaient signaler le plus riche tempérament matériel, nourri de la double influence. C’est en 1857 qu’il fait, dans une manière noire et grasse, son Prêtre allant célébrer la messe et la même année, Constantin Meunier, qui a quitté la sculpture, expose une Salle Saint-Roch d’une tonalité triste où s’exprime une âme déjà recueillie et souffrante.
11 existe dans l’art des courants de sensibilité : la note pathétique de De