‹ Felicien Rops et son œuvreChapitre 16 sur 30 · L' ATTRAPADE · texte numérisé non relu

L' ATTRAPADE

banalité de sa face, par quelque chose de douloureux, de lassé et de voluptueux qui passe dans le regard des yeux violemment charbonnés. C'est un moment de calme avant l'effort, avant l'exercice, avant de tendre tous les nerfs pour la réussite de l'exercice, et c'est d'un joli sentiment complexe, car le dessin s'il communique un peu de joie, vous imprègne aussi de pitié, pourquoi? à cause de cette sorte de lassitude, de demi -tristesse animalement contemplative qui se peint aux larges prunelles de la femme.

Dans tout le livre des Cent Croquis, Rops s'amuse. On sait que ce livre fait pour M. Noilly, relié par lui, à mesure qu'il recevait les dizains de dessins, a été disloqué et dispersé, et

qu'on ne trouve nulle part, sous forme de volume, cette série de caprices de Rops. 11 serait possible actuellement de revenir là -dessus, et de réunir à nouveau dans un volume à belles reproductions ce que Rops avait dessiné pour être réuni, et dont il avait planche par planche, déterminé l'ordre. Ces Cent Croquis accumulaient pour lui, dans leurs pages, tout le brio, le leste, le licencieux, le capricieux et le caricatural qu'il pouvait tirer de la vie moderne. Voici en plein ciel, devant un grand miroir ailé qu'à guidé vers elle un petit amour, une Parisienne nue peignant ses cheveux et vers elle c'est tout un vol de petits amours, l'un chargé de cartons de Worth, l'autre de lait Mamilla, l'autre de bouteilles de parfums; et de tous les coins du ciel, ces petits amours à la Rubens apportent l'éventail, le parfum, les onguents; le Bobo de la novice évoque la plaisanterie molièresque des matassins, avec un moine apothicaire dans une cellule de novice bizarrement ornée d'un grand tableau oîi se courbe une femme nue. Un pompier pénètre la lance en arrêt, dans une chambre où il y a sans doute le feu. il a pris si subitement, ce feu, qu'une jeune femme inquiète n'a pensé à couvrir que ses épaules. Voici dans une rue de village l'appel de la nature, dans sa candeur entière, car il faut toute la violence résolue d'un bon curé et d'une nonne pour traîner dans d'adverses directions l'un son chien, l'autre sa chienne que la saison émeut, à la grande joie du curé, à la confusion de la nonne. Ici tout un essaim d'amours, de diablotins, de satyrions, extrait d'un puits une fillette nue comme la vérité, sauf bottines. Là, en une des meilleures planches voici un ballon qui fuit vers tous les horizons de la fantaisie et la nacelle est une corbeille de fleurs où s'est assise un folie au joli toquet tout moderne, agitant sa marotte. Des coins de la nature apparaissent, des bords de Marne, très arborescents, des pointes d'îles où baigneurs et baigneuses ont arrêté leurs barques et interrompu le bain pour les innocents plaisirs d'une partie de cartes. Il met là des dessins du genre de cette Feuille de vigne qui n'est point dans ses modestes proportions l'héroïne de la belle page à qui elle donne son titre et qui n'effleure que très peu les jambes agiles de cette belle fille que les petits diablotins visent de leurs flèches. Il y épand toute cette verve raillarde qui se manifeste si fortement dans ce curieux dessin Spiritus flat abi vult avec cette simple dédicace plus éloquente qu'un long commentaire, «à Armand Silvestre»,

L'ART ET LE BEAU

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