‹ Felicien Rops et son œuvreChapitre 17 sur 30 · LA GRANDE LYRE · texte numérisé non relu

LA GRANDE LYRE

plaisanterie un peu grasse, mais que légitime l'alerte joliesse du dessin.

Ces Cent croquis sont le témoignage le plus complet de sa verve, de sa gausserie, la plus simple et la plus naturelle, sans mélange de parodie, sans intentions de caricature.

Autre repos: Les portraits patiemment traités, ou enlevés de verve des femmes du Nord au masque tranquille, aux mouvements lents. Elles étaient alors, ces femmes du Nord, plus différentes des Parisiennes qu'elles ne le sont maintenant. Il dit dans une lettre (écrite lorsqu'il a vingt- huit ans et qu'il vient de prendre contact avecjParis): «Si vous aviez vécu à Bruges, dans cette vieille Venise

LA SIRÈN

du Nord qui n'est plus qu'un splendide tombeau oîi les palais gothiques regardent tristement les nénufars fleurir dans les bassins ... où les vieilles femmes, roides et jaunes figures d'Hemling, rampent le long des quais déserts comme si elles étaient les pleureuses de ce grand passé, vous comprendriez, mon cher Monsieur, le profond étonnement qui s'est emparé de moi, lorsque je me suis trouvé face à face, avec ce produit formidablement étrange, qui s'appelle «une fille parisienne». M. Prudhomme rencontrant au coin du boulevard la Vénus hottentote en costume national serait moins ébaubi que je ne l'ai été devant cet incroyable composé de carton, de nerfs et de poudre de riz . . . J'ai une centaine de ces Rosières du Diable que je compte faire paraître cet hiver ... je dessinerai avec le

L'ART ET LE BEAU

qu'elle va estimer et réduire à sa juste valeur. Il sait aussi chercher parmi ces calmes dentellières des types de grâce apaisée, à qui la monotonie du travail a composé un masque de froide fraîcheur. Il saura dire la maternité de Soetkin, creuser les vieilles faces boucanées par le vent qui vient d'Islande, des vieilles pêcheuses; il dresse à son comptoir la cantinière des pilotes, délurée et prête, les yeux froids et la bouche en accueil, peut-être disposée à interrompre pour l'arrivant chargé de désirs, le geste machinal qui lave les verres. Le tempérament tourmenté et curieux, et l'esthétique baudelairienne l'emportent bien vite ... II ne se borne pas dans sa Zélande tranquille, où le bruit le plus violent, sauf aux soirs de Kermesse, est celui du vent qui en sifflant courbe les arbres au long des canaux, à peindre les innocentes et les délurées. Anvers le reprend, ce vieil Anvers de son temps, encore plus docks, cabarets et Ryddecks, que maintenant; il y découvre les vieilles gouges dont il fait le portrait en lacis de traits violents, et quoiqu'il en ait dit dans ses lettres de jeunesse, ce type Rubénien qu'il admire et qu'il voulait voir en candeur opulente et en belle humeur décemment amoureuse, il l'a suivi ailleurs qu'en cette calme Zélande; à quelque lourdeur des extrémités, à quelque ahurissement sur la face, à un rien demoutonnier dans le sourire, des héroïnes de ses scènes parisiennes, laissent voir avec netteté quelquefois qu'elles peuvent

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