‹ Felicien Rops et son œuvreChapitre 19 sur 30 · L'AMANTE DU CHRIST · texte numérisé non relu

L'AMANTE DU CHRIST

L'ART ET LE BEAU

venir de ce faubourg de Cologne, à Bruxelles, où il crayonna jeune, et où, certainement, il conduisit Baudelaire. Des affinités, des souvenirs confus ou lyranniques lui firent -ils choisir à Paris des modèles arrivant d'Anvers ou de Schaerbeck, c'est possible. Il a pu aussi aller chercher ses modèles où ils étaient. Il avait bien raison; il prenait son bien où il le trouvait et cela donne à son interprétation de la luxure, un aspect plus universel; mais la catégorie posée par lui, entre les licences de Paris et les repos de Flandre, ne tient pas debout devant l'examen de son œuvre.

Illusion respectable de patriote à laquelle on peut tout de même, légèrement toucher.

Le Vol et la Prostitution dominent le monde.

— La Folie et l'Amour

dominent le monde!

(écrit Rops en légende de deux de ces plus belles planches), le monde vu à lueur de la lampe sulfureuse du Démon de la Perversité d'Edgar Poe, dont il a subi l'influence à travers celle de Baudelaire! Ah! ces lumières d'art en plus de son \ génie propre, suffisent bien à expliquer qu'il ait voulu traduire toute la luxure, et qu'il se soit emparé de ce terrain à lui laissé libre par ses devanciers: la douleur dans la volupté, l'avarice et la manie dans la volupté, sans qu'on ait besoin de chercher comme M. J.-K. Huysmans à en faire un satanique, c'est-à-dire cette sorte

de damné catholique.

à qui la religion sert de piment à la volupté.

M. Huysmans nous dira

de sa grosse plume lourde que forcément Rops devait incarner les Possessions et que «ce faisant, il était d'accord avec les Pères de l'Eglise, avec tout le moyen âge, l'antiquité même, avec Quintilien qui pense que la présomption est plus grande que la femme soit sorcière», avec Bodin qui dit que «Satan par le moyen des femmes, attire les hommes à sa cordelle» inutilités oratoires.

et pour dire vrai, billevesées. Il ne faut pas prendre quelque caprice à la Goya où Rops campe une jolie sorcière nue (sauf les bas et un arrangement raffiné de la coiffure) pour un indice de démonologie. Encore, si Rops a mis ses dessins au service de l'œuvre de Barbey d'Aurevilly, cela prouve-t-il qu'il

admit complètement le satanisme de bazar et , |g grandiloquent de V \ l'écrivain? Narquoise, la

N pensée de Rops se dé-

voile dans cette planche, la Sirène, où des badauds, des pêcheurs à la ligne, tirent de la Seine, au lieu d'une ablette, le corps merveilleux d'une Sirène. 11 a été frappé du contraste qui existe entre la tenue bourgeoise de la population des villes modernes et l'âme même, exacerbée par l'ennui, de leurs citoyens. Il les a senti prêts tout le temps, à griffer le voile des convenances et même à le déchirer. Il n'a point l'hypocrisie du faux croyant; simplement il descend aux limbes de l'inconscient chez les gens, et il analyse la foule qui passe; il y voit se pavaner triomphants, la proxénète, l'aigrefin, la fille, et il le dit. Point besoin d'autre interprétation aux directions de son génie. S'il n'avait pas écouté autour de lui le sanglot humain, s'il avait été simplement cet épigrammatiste exaspéré, à fond catholique, eut -il dressé à côté de sa protestation contre la peine de mort cette mélancolique figure «la Grève»? C'est un dessinateur ardent

PEUPLE de la vie moderne, et

l'oripeau du passé ne lui importe que comme décor. La Chimère, le Semeur, VIdote, le Sacrifice, V Enlèvement, le Calvaire, de simples figurations allégoriques et non acte de foi par contraste; Rops n'attache pas plus d'existence réelle à l'idée de Satan que Watts à celle de Mammon quand il le peint, les yeux vitreux et les pieds sur la jeunesse exténuée. Ce sont figurations du rêve, symboles, et cela n'en est que plus vibrant,

-fi

L'ART ET LE BEAU

plus explicite et plus frappant. Tout l'art de Rops indique qu'il est un esprit sain.

Mais pour donner ses grandes pages, il a besoin de sujets et n'oublions point que Rops est un romantique! La date de sa venue au monde de l'art veut qu'il soit un romantique qui a lu Balzac et que commence à pénétrer le réalisme. N'en fut-il pas moins assez féru de romantisme pur pour penser longtemps à illustrer Musset! Il ne demeure de ce projet que deux croquis, tel' ce léger Don Paez. Ils suffisent pour indiquer une des filiations de Rops: sa correspondance avec M. Noilly pour qui il dessina la suite des cent croquis, à qui il proposait un Album du Diable, apporte sur son satanisme une précieuse indication, et les croquis parlent. Ces diablotins légers du frontispice d'un Dizain des Cent croquis, qui se pressent autour d'une femme nue à la Rops, c'est-à-dire chaussée et coiffée, sauf les bouclettes cornues de leurs cheveux, ce sont ces amours qui de Rubens vinrent à notre art avec Boucher. L'Album du Diable

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