LA VIEILLE KATE DIE ALTE KATE OLD KATE
à arracher du rêve et de la douleur à ces excessives Kermesses des sens, se fût-il magnifié jusqu'au grandiose, le souvenir et la vision de ces ripailles dont les vieux maîtres flamands lui laissaient le beau fantôme, et dont il avait pu suivre les vivantes gaietés, si Baudelaire ne lui avait dessillé les yeux selon son regard? Au moins y eût-il été aussi vite prêt, ce romantique, qui auparavant n'est pas peu fier de quelque semblant d'origine hongroise, et tout en riant quelque peu avec Grécourt, est tout prêt à caracoler, à piaffer vers la fantaisie légère selon Gavarni et vers la causticité d'un Monnier qu'il rendrait plus lyrique. En tous cas, lorsqu'il rencontra Baudelaire, celui-ci dut lui parler de Poe, de V Homme des Foules, et aussi de sa forte et personnelle conception du monde, telle que la donnent les Fleurs du Mal et aussi de Constantin Guys, dont il dut lui montrer les précieux dessins.
C'était un laborieux et un fécond; cette expression autrefois trouvée pour Alexandre Dumas père «c'est une force de la nature» s'applique bien à Rops, mieux même à lui qu'à d'autres, car l'énorme labeur de Rops, en même temps qu'ardent, est méticuleux, et toujours il est parfait. Parmi l'essor prodigue d'une fantaisie qui multiplie les lithographies, les eaux-fortes, les pointes sèches, tous ces travaux difficiles et minutieux avec le nombre, le faste et l'aisance dont un autre accumulerait les croquis, Félicien Rops trouve le temps de perfectionner le métier du graveur, de se livrer à des recherches patientes sur les vernis; comme les primitifs broyaient les couleurs et se préparaient les matériaux de leur peinture, Félicien Rops prépare les ingrédients de sa gravure. Debout à côté de sa presse, auprès de sa lucarne, tel que le représente le portrait de Mathey, il demeurait des heures de longue séance.
M. Erastène Ramiro dans le beau livre qu'il a consacré à Félicien Rops a donné les renseignements les plus curieux sur le travail technique de Rops.
«Il était rare, dit-il, qu'une conversation avec Rops, même brève, n'amendt point sur ses lèvres, le mot «vernis mou» vocable inintelligible pour le plus grand nombre, plein de mystère pour ceux qui essaient d'en extraire un sens pratique! Non qu'il s'agisse d'une invention nou-
velle, puisque dès le commencement du XVII^ siècle, Abraham Bosse écrivait un traité de la gravure enseignant à se servir de tous vernis durs et mois . . . mais si la théorie est enfantine, la pratique est infiniment délicate.»
Avec Courboin, avec Rassenfosse, Rops a sans cesse pioché la formule du «vernis mou», jusqu'à ce qu'il ait trouvé de concert avec Rassenfosse un produit qui l'ait satisfait, et qu'il puisse écrire:
«Il faut voir, je le dis sans fausse modestaillerie, quels vernis mous on faisait avant moi! Franchement, j'ai créé un art charmant qui n'existait pas . . .
«C'est que, ne fait pas qui veut du vernis mou! Nous en savons quelque chose. Mais nous allons arriver à en faire comme l'on dessine sur le papier. C'est là le vrai but. Nous deviendrons des maîtres en l'art d'engraver en imitation de crayon».
Il fut grand travailleur, et on conçoit que cet acharnement à accumuler les minutes au profit de l'art, se rencontrant chez un artiste doué de toutes les fécondes ressources de l'improvisateur, et à qui de fortes études permettaient d'aller vite, ait amassé une œuvre très considérable. Est-ce à croire qu'il n'ait connu que les heures où le crayon va comme tout seul, sous la flambée d'une inspiration du moment, les minutes d'exubérance et de magnifique plénitude créatrice? Il écrira: «Pour faire qui vaille, si peu que cela soit, il faut que je m'enferme avec le modèle, que je sois seul avec mes défaillances, mes peurs de cette sacrée cochonne de nature, qui me flanque le trac, comme si j'étais un débutant. Et celà à chaque séance. Quand ma poseuse me fait dire qu'elle ne peut venir, je pousse un ah! de soulagement. Si vous saviez comment je travaille péniblement, c'est à me prendre en pitié.» Ceci fut sans doute écrit à une période d'hésitation où le travail lui était pénible, où il se violentait à tirer de lui son rêve de luxure moderne, à créer les symboles et les visions lyriques, les grandes pages littéraires de son œuvre; il avait aussi des moments de claire fécondité et de travail, pour ainsi dire, uni, auprès de la mer du Nord, alors qu'il se reposait de sa transcription de la vie des grandes villes par ses calmes études de Zélandaises, de dentellières, alors qu'il donnait