‹ Felicien RopsChapitre 5 sur 8 · LA FOIRE AUX AMOURS LIEBESJAHRMARKT LOVE'S FAIR · texte numérisé non relu

LA FOIRE AUX AMOURS LIEBESJAHRMARKT LOVE'S FAIR

piment à la volupté. M. Huysmans nous dira de sa grosse plume lourde que forcément Rops devait incarner les Possessions et que «ce faisant, il était d'accord avec les Pères de l'Eglise, avec tout le Moyen-Age, l'antiquité même, avec Quintilien qui pense que la présomption est plus grande que la femme soit sorcière», avec Bodin qui dit que «Satan par le moyen des femmes, attire les hommes à sa cordelle» inutilités oratoires, et pour dire vrai, billevesées. Il ne faut pas prendre quelque caprice à la Goya où Rops campe une jolie sorcière nue (sauf les bas et un arrangement raffiné de la coiffure) pour un indice de démonologie. Encore, si Rops a mis ses dessins au service de l'œuvre de Barbey d'Aurevilly, cela prouve-t-il qu'il admit complètement le satanisme de bazar et le toc grandiloquent de l'écrivain? Narquoise, la pensée de Rops se dévoile dans cette planche, la Sirène, où des badauds, des pêcheurs à la ligne, tirent de la Seine, au lieu d'une ablette, le corps merveilleux d'une Sirène. Il a été frappé du contraste qui existe entre la tenue bourgeoise de la population des villes modernes et l'dme même, exacerbée par l'ennui, de leurs citoyens. Il les a sentis prêts tout le temps, à griffer le voile des convenances et même à le déchirer. Il n'a point l'hypocrisie du faux croyant; simplement il descend aux limbes de l'inconscient chez les gens, et il analyse la foule qui passe; il y voit se pavaner triomphants, la proxénète, l'aigrefin, la fille, et il le dit. Point besoin d'autre interprétation aux directions de son génie. S'il n'avait pas écouté autour de lui le sanglot humain, s'il avait été simplement cet épigrammatiste exaspéré, à fond catholique, eût-il dressé à côté de sa protestation contre la peine de mort cette mélancolique figure «la Grève»? C'est un dessinateur ardent de la vie moderne, et l'oripeau du passé ne lui importe que comme décor. La Chimère, le Semeur, VIdote, le Sacrifice, V Enlèvement, le Calvaire, de simples figurations allégoriques et non actes de foi par contraste; Rops n'attadie pas plus d'existence réelle à l'idée de Satan que Watts à celle de Mammon quand il le peint, les yeux vitreux et les pieds sur la jeunesse exténuée. Ce sont figurations du rêve, symboles, et cela n'en est que plus vibrant, plus explicite et plus frappant. Tout l'art de Rops indique qu'il est un esprit sain.

Mais pour donner ses grandes pages, il a besoin de sujets et n'oublions point que Rops est un romantique! La date de sa venue au monde de l'art veut qu'il soit un romantique qui a lu Balzac et que commence à pénétrer le réalisme. N'en fut-il pas moins assez féru de romantisme pur pour penser longtemps à illustrer Musset! Il ne demeure de ce projet que deux croquis, tel ce léger Don Paez. Ils suffisent pour indiquer une des filiations de Rops: sa correspondance avec M. Noilly pour qui il dessina la suite des Cent Croquis, à qui il proposait un Album du Diable, apporte sur son satanisme une précieuse indication, et les croquis parlent. Ces diablotins légers du fi'ontispice d'un Dizain des Cent Croquis, qui se pressent autour d'une femme nue à la Rops, c'est-à-dire chaussée et coiffée, sauf les bouclettes cornues de leurs cheveux, ce sont ces amours qui de Rubens vinrent à notre art avec Boucher. 1! Album du Diable n'eût été que la suite des Cent Croquis. Dans une lettre à M. Noilly, Rops explique son titre «le Diable peut tout voir» c'est sa seule raison d'évoquer cette vieille entité de la superstition, et son diable est beaucoup plus près du Diable boiteux, des diables d'un Le Sage et d'un Cazotte qui toujours hantèrent les romantiques que de celui des inquisiteurs ou de J.-K. Huysmans; le diablotin de Rops ne se distingue pas de ses satyrons.

Ce sera l'Album du Diable, parce que le Diable peut tout voir; il est donc commode à l'artiste de le faire intervenir pour figurer tous les spectacles et supposer un reportage satanique des scènes et des chocs de passion les plus secrets.

Le nu de Rops est rarement du nu total; dans cette œuvre si variée on en trouve cependant. C'est Messaline (Lassata) aux yeux creux, (que tout de même enguirlandent un peu des débris de la chemise lacérée), c'est l'Androgyne de la grande Lyre. Aussi il jette des nus en décor des Souvenirs dantan, pour le vieux rêveur qui jfume sa pipe près de son foyer, et qui dans les braises rougeoyantes regarde revivre ses souvenirs, aux murs de la chambre où parmi les nuages de la fumée ces souvenirs se dessinent en jolis corps nus aux volutes aimables qui lui rappellent les beautés secrètes des heures envolées. Il y a des nus dans ses études. La Tentation de Saint-Antoine comporte sur sa croix, un nu radieux et souriant,

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