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LA FIN DU CLUB DES PETITS

Nos compatriotes graves se moquèrent beaucoup de notre gamijierie négrophile. Elle servit de prétexte au congé que nous donna le cafetier Laveyssière.

Il nous avait prêté sa salle, à Camille et à moi, parce que nos deux pères avaient été les habitués fondateurs de son établissement. Peut-être ne se serait-il pas inquiété de l'augmentation de notre groupe politiquant, si l'accroissement des consommations y avait été proportionnel.

Mais, hélas! si nous parlions beaucoup, nous ne buvions guère. La bouteille de bière à deux servait souvent pour quatre. L'addition de nos dépenses soldait à peine rimile qui nous éclairait.

Le café n'ayant pas trop de clients, on nous eût encore laissé abuser de la salle sans billard, si « ces messieurs » des autres salons ne nous avaient réputés un peu troublants pour les joueurs et très compromettants.

Le suir où Laveyssière nous notitia de n'avoir plus à tenir notre club chez lui, Buissonnière souleva des bravos unanimes en faisant cette proposition :

— Je connais un local où nous ne gênerons personne... Uiïe église, citoyens ; oui, une église, où il n'y a plus de bun Dieu !... Elle dépend du la caséine de la gendarmerie et sert de grenier à foin... Le grenier n'est pas plein; nous aurons assez de place pour délibérer en paix.

— Avec la permission des gendarmes ?

— Sous leur garde ! Papa est l'ami du capitaine commandant ; moi aussi... Je me charge de la négociation.

Le jeudi suivant, le local indiqué nous était livré. Nous y entamions une délibération en règle sur l'instruction du peuple, à propos des circulaires du ministre Carnot.

Le programme de l'instruction gratuite et obligatoire — qui ne devait être obtenue qu'un tiers de siècle plus tard, — nous inspirait une filiale reconnaissance envers notre mère à tous, la République.

A l'occasion de la multiplication dans les collèges de bourses réservées aux fils des citoyens sans fortune qui se sont dévoués pour la patrie et aux enfants pauvres les gagnant au concours ; à l'occasion aussi de la création de l'Ecole d'administration, « pépinière des serviteurs de l'Etat démocratique », destinée, — si elle n'eût été si vite

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abolie, — à substituer dans les fonctions publiques le mérite à Tintrigue, l'activité à la routine, nous décidâmes de faire présenter au citoyen Carnot une adresse de remerciements de la jeunesse républicaine de Bretagne et de Vendée.

Nous allâmes en corps, mais sans bruit, la porter à la préfecture.

Notre cher docteur Guépin n'y était plus. H venait d'abandonner le commissariat général de Bretagne ; il était parti pour Vannes, chargé de présider aux élections dans le Morbihan. Son successeur dans la Loire-Inférieure, n'étant pas du pays, ne connaissait aucun de nous. Il eût pu nous éconduire, comme trop enfants pour faire acte de citoyens. Notre adresse lai plut et il voulut nous voir.

Sans la moindre solennité, il nous offrit des poignées de main, et d'un ton paternel nous dit :

— Le meilleur moyen de prouver votre amour à la République, c'est de ne pas vous laisser distraire par les agitations du moment. Confiants dans le présent, dont vos pères sont chargés, préparez-vous pour un heureux et glorieux avenir, en achevant les études qui vous rendront capables de bien servir et d'illustrer la démocratie et la patrie !

J'avais, quant à moi, trouvé cela bien. Je fus donc un peu scandalisé quand, sur la place de la préfecture, le petit Jules, de sa voix aigre, s'écria :

— S'est-il assez fichu de nous, ce fonctionnaire..., ce pion !

— Il est de fait, appuya Leveau, qu'il nous a renvoyés à l'école !

— Comme s'il ignorait, reprit Buissonnière, en se mo- . quant des mécontents, que

La valeur n'aUend pas le nombre des années I

Le petit Jules, fils déjà en révolte contre son père, le professeur de sixième au collège, M. Vallès, était de deux

ans plus jeune que moi. Il n'avait pas été admis au café Laveyssière ; il s'était introduit dans notre église des gendarmes, par la grande porte, trop ouverte à tous. A la sortie des classes du lycée et des divers externats de la ville, il recueillit des adhérents qui, un jour de discussion sur le baccalauréat, nous mirent, chez nous-mêmes, en minorité.

L'amendement du petit Jules commençait par Tabolition radicale du baccalauréat lui-même, de tout examen, de tout diplôme, au nom du principe de l'égalité. Il contenait toute sorte de choses contre les professeurs, les sous-maîtres ou pions ; contre la discipline scolaire et l'internat, (( cette geùle )>. Il pruclamait le principe de la liberté absolue de l'enfance.

Nous étions une soixantaine à la séance où l'opposition nous écrasa. Buissonnière voulait la jeter dehors, sans compter ses membres. Camille était prêt, lui aussi, à jouer du poing. Je les retins. Dignement je cédai le tabouret de la présidence au parti victorieux.

Vallès n'hésita pas une minute à se faire acclamer mon remplaçant.

Bientôt, ses idées ayant pris tant bien que mal la forme d'une pétition comminatoire, il entraîna tous ses partisans à l'aller notifier (( au pion de la préfecture ».

Comme ils étaient en groupe et tapageurs, la sentinelle leur commanda de passer au large. Le petit Jules se rendit seul chez le concierge, qui refusa de le laisser monter dans les bureaux.

— Remettez !... dit-il d'un ton aussi solennel que grincheux. Portez à votre maître !... La jeunesse attend qu'on lui accuse réception.

Peu après descendit un employé qui, très ironique", déclara à Vallès, très rougissant :

— La pétition que vous avez transmise, signée par vos amis du séminaire et des institutions cléricales, sera envoyée à qui de droit ; elle aura la suite qu'il conviendra d'y donner.

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Les manifestants éconduits revinrent au lieu de réunion, ils trouvèrent la porte fermée. Buissonnière fils et père, ainsi que leur ami le capitaine des gendarmes, avaient relire à la majorité séminariste l'asile offert aux enfants de la République.

Le Club de la jeunesse républicaine de Bretagne et de Vendée a\ ait vécu. -

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