PROMENADE MATINALE DANS LES RANGS DES PRETORIENS
Je sautai du lit, m'habillai et mis dans ma poche ma fortune entière : sept ou huit francs !
Nous sortîmes ensemble. Léopold avait reçu l'ordre de rejoindre son corps, qui, ayant quitté la veille Melun, devait être posté au Champ de Mars.
— Viens avec moi, m'avait-il proposé. Grâce à ma feuille, nous passerons partout. Je dirai que tu es mon cou-
souvEN^iRS d'un Étudiant de 48 275
sin, chargé par ma famille de me conduire à mon poste. Quand je serai rendu, par le chemin le plus long, nous aurons tout vu. Et tu fileras renseigner les citoyens !.. Moi je tâcherai de faire tourner le régiment !
Traversant la rue du Bac, j'eus Tidée d'avertir le représentant Lagrange. Il y avait, devant la porte de sa maison, une voiture et des hommes suspects. Je voulais entrer quand même. Léopold m'en empêcha. Il eut raison. Sans doute, nous eussions été arrêtés tous les deux. Nous vîmes des agents pousser notre ami dans' le fiacre, qui fila au galop.
Le sang me montait au visage, un cri sortait de mes lèvres. Mon camarade me mit la main sur la bouche. Il me montra des sentinelles avancées, qui occupaient le coin des rues Saint-Dominique et de l'Université, au passage de la rue du Bac.
Il s'avança vers l'un des militaires, montra son ordre de rejoindre et demanda en se donnant l'air gai :
— Nous cherchons mon régiment. Où diable peut-il être?
On nous laisse passer. Nous parvenons à la place de Bourgogne, remplie de soldats du 42« de ligne, à travers lesquels des officiers à cheval et des cavaliers porteurs d'ordres courent dans une agitation convulsive.
Tandis que mon compagnon présentait sa feuille et réclamait des renseignements, j'étais cloué devant trois grandes affiches.