‹ Félicien, souvenirs d'un étudiant de 48Chapitre 72 sur 81 · LA NUTT DU 2 DÉCEMBRE ET LA MATLNÉE DU · texte numérisé non relu

LA NUTT DU 2 DÉCEMBRE ET LA MATLNÉE DU

Le Comité des jeunes, résolu à tout, espérait tout dans la soirée du 2 décembre.

Il tint deux séances plénières. Chacun de nous avait amené ses amis personnels.

Flory, Guérin et moi, ne tenant plus sur nos jambes, étions chargés de la permanence. Nous pûmes, grâce à la multiplication des auxiliaires, lancer des reconnaissances dans les faubourgs, expédier des délégués à la découverte des comités de résistance et d'insurrection.

On nous apprit très tard que la caserne du quai d'Orsay, où les représentants saisis à la mairie du X^ arrondissement avaient été enfermés, s'évacuait. Pas assez nombreux, sans armes sérieuses, nous ne pûmes réaliser l'idée de les délivrer. Quelques-uns de nous troublèrent de cris de : (( Vive la Constitution ! » et a Vive l'Assemblée nationale ! » le passage sur les quais des voitures cellulaires et des omnibus les emportant au galop, entre de formidables escortes de cavalerie, vers nous ne savions où, Mazas, Vincennes, le Mont-Valérien.

Nos camarades en observation de l'autre côté de l'eau, nous renseignèrent successivement sur la persistante hostilité des boulevards, sur les préludes de bataille pour le lendemain dans les quartiers du centre. De la rue Saint- Denis à la rue du Temple, les maisons étaient fouillées ; on lisait "sur les portes cochères ces mots tracés à la craie : (( Armes données ! ))

— N'est-ce pas la police qui écrit cela, fit observer Ram- • bert, pour empêcher de nous armer... Avez-vous rencontré

des fusils sur les barricades ? Des fusils ?

— En avons-nous réellement vu ? demanda Renoul à l'ami qui l'avait accompagné.

Ce dernier ne garantit pas avoir aperçu plus de quinze honimes armés parmi ceux qui essayaient des esquisses de barricades, rues Aumaire et Greneta.

— On se plaint partout du manque de munitions, ajouta-t-il.

Des élèves en pharmacie s'offrirent pour fabriquer de la poudre. Dans le grenier de la maison où nous étions, on installa des moules à balles. Buissonnière fut chargé de préparer le service des ambulances.

Il ne faisait doute pour personne que nous nous battrions dans la journée du 3.

Du comité de résistance annoncé par de Flotte, aucune nouveUe. Roch avait appris non sans peine que les représentants, après leurs deux réunions du matin, rue Blanche, s'étaient en partie retrouvés au restaurant Bonvalet, d'où Michel ( de Bourges) avait harangué une foule irritée. La police et l'armée étant survenues, ils avaient trouvé asile rue de la Cerisaie, chez l'ancien constituant Beslay. De là, ils s'étaient portés rue de Charonne, au siège de l'association des ébénistes, qu'ils avaient trouvé fermé. Ils s'étaient réfugiés quai Jemmapes, dans l'appartement de l'un d'eux, Lafon.

— Traqués comme 'ils le sont, dit Roch, ils ne pourront pas rester là. Deux nouveaux locaux leur sont proposés : l'un pas trop loin d'ici, près du Palais-Royal ; l'autre entre

SOUVENIRS d'un ETUDIANT DE 48 291

les faubourgs Saint-Antoine et du Temple... J'ai vu quelqu'un qui s'est chargé de nous faire avertir de ce qui se décidera dans la nuit..

— On a trop mitraillé en juin, s'écria Jules Vallès. Les combattants sont déportés ! Il n'y a plus un fusil entre la Bastille et la barrière du Trône !

— J'ai entendu, reprit Roch, terminant son rapport, j'ai entendu donner un rendez-vous d'action salle Roysin, entre neuf et dix heures, ce matin 3.

— Allons-y armés comme nous pourrons, proposèrent plusieurs.

Certains firent observer que les têtes des ponts venaient d'être occupées par des sentinelles qui fouillaient les passants ; donc, qu'il fallait s'abstenir d'emporter des armes et des munitions. La majorité estima que, si de Flotte insurgeait Saint-Marceau tandis que serait entraîné Saint- Antoine, notre quartier Latin aurait une diversion très importante à opérer.

On décida d'attendre des ordres, de peur de troubler le plan général. Seulement, Roch et moi nous fûmes délégués à Saint-Antoine, avec mission expresse de renseigner le Comité des jeunes .

Le 3, à huit heures du matin, aucun avis des représentants ne nous était parvenu. L'Hôtel-de- Ville et l'entrée de la rue Saint-Antoine étant occupés par des troupes, je pris, avec Roch, la rue Vieille-du-Temple pour gagner la place Royale.

A notre arrivée sur le boulevard, près du théâtre Beau^ marclîais, la brigade Marulaz se précipitait vers la Bastille,

Nous crions avec fureur :

— Vive la Constitution ! A bas le coup d'Etat ! Quelques cavaHers s'élancent sur le trottoir pour nous

sabrer. Le cheval de l'un d'eux s'abat, causant un désordre qui nous permet de nous échapper, aux applaudissements d'un groupe d'ouvriers.

Nous nous arrêtons au milieu de ces citoyens, nous versons notre rage dans leurs cœurs, nous les déterminons à

appeler aux armes avec nous, nous traçons l'ombre d'une barricade. Pas un de nous n'est armé. Nous sommes dissipés par un mouvement de la queue de la brigade qui défile sur le boulevard.

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