PRISONS ET EXILS
L'anneau tombé gêne encore pour courir.
C'est que l'exil est triste ; il fait rêver l'enfonce,
Le jeune voj-ageur n'a d'ami que le ciel;
Il erre sans asile, il pleure sans défense
Comme un oiseau perdu loin du nid paternel ;
Son ramage se change en plaintes douloureuses;
Dt'5 oiseaux inconnus les cris le font frémir
Et même en retournant sur des routes heureuses,
S'il veut chanter, longtemps il semble encore gémir.
A ses regrets en vain la patrie est rendue
L'orage a dispersé la couvée éperdue,
Les frères sont partis ; le nid vide est tombé ;
En s'envolant, peut-être un d'eux a succombé; i
Voilà sur son chapeau sa guirlande encor verte
due devient l'infortune à la fuite imprévue D'un ami distrait ou honteux?
Qjui n'a quelque pitié des brebis voyageuses Laissant à quelque haie un peu de leur toison. Oh ! que de fils brisés dans ma trame affaiblie, due d'adieux recelés dans le fond de mon cœur !
I A rapprocher des vers de la pièce A mes enfants, page 135. Quand j'emportai vos jours vers un ciel sans chaleur.
Ainsi, mon Dieu, sur la route lointaine Semez vos dons à mon cher voj-ageur!
Xe souffrez pas que quelque voix hautaine Sur son front pur appelle la rougeur.
Que ma prière en tout lieu le devance ! Dieu ! Que pas un ne le nomme étranger ! Aidez son cœur à porter notre absence Et que parfois le temps lui soit léger !
Et le vieux prisonnier de la haute tourelle Respire-t-il encore à travers les barreaux ? Partage-t-il toujours avec la tourterelle Son pain qu'avaient déjà partagé ses bourreaux ?
Fragment Cette fille de Tair à la prison vouée
Dont l'aile palpitante appelait le captif, Etait-ce une âme aimante au malheur envoyée ? Etait-ce mie espérance au vol tendre et fur ii fi Oui : si les vents du nord chassaient l'oiseau débile, L'œil perçant du captif le cherchait jusqu'au soir; De l'espace désert voyageur immobile Il oubliait de vivre ; il attendait l'espoir. Car toujours, jusqu'au terme ou nous devons atteindre Jusqu'au jour qui n'a plus pour nous de lendemain. Le flambeau de V espoir vacille sans s'éteindre Comme un rayon qui part d'une immortelle main. l
Doux crime d'un enfant, clémence aventureuse.
I Ailleurs.
Et que l'espoir filtre toujours au fond de la joie écoulée.
La liberté, ma fille, est un ange qui vole.
Pour l'arrêter longtemps la terre est trop frivole.
Trop d'encens lui déplaît, trop de cris lui font peur ;
Elle étouffe en un temple, et sa puissante haleine
Qui cherche les parfums et l'air pur de la plaine
Rafraîchit en passant le front du laboureur.
On dit qu'elle descend rapide, inattendue;
Que son aile sur nous repose détendue...
Hélas ! où donc est-elle ? En vain j'ouvre les veux ;
Loin, bien loin des palais, au toit du pauvre même
Où l'on travaille en paix, où l'on prie, où l'on aime
Où l'indigence obtient une obole et des pleurs,
La déesse en silence aime à jeter ses fleurs.
Les fleurs tombent sans bruit, et, de peur de l'envie,
On les effeuille à Dieu qui dit : « Cache la vie » i
Ainsi priez, ma fille, et marchez près de moi.
Un jour tout sera libre, et Dieu seul sera roi.
Dieu laissez-moi goûter la halte commencée ; Dieu laissez-moi m'asseoir à l'ombre du chemin Mes enfants à mes pieds, et mon front dans ma main. Défendez aux chemins de m'emmener encore
Un ami me parlait et me regardait vivre ! Alors c'était mourir... Ma jeune âme était ivre De Vorage enfermé dont la foudre est au cœur. Il eut mit tout un jour à comprendre une larme De nos printemps égaux lui seul portait les fleurs.
I Ami cache ta vie et répands ton esprit