L'AMOUR DE L'EAU
Que vos ruisseaux clairs dont les bruits m'ont parlé Humectent sa voix dun long rjthme perlé...
Si son ombre a passé dans votre eau fugitive, Nymphe
Si l'image qui fuit vous devient étrangère
De quoi vous plaignez-vous, nymphe sans souvenir ?
Ce ruisseau paraît calme, et pourtant il soupire, On ne sait trop s'il fuit, s'il cherche, s'il attend. Mais il est malheureux puisque mon cœur l'entend.
On le dirait joyeux de caresser des fleurs
Si je pouvais chanter je ne l'entendrais pas.
Que la fleur soit contente en s'y voyant éclore.
Appelant un secret qu'elle ne comprend pas
Une image nouvelle y glisse tous les jours
Quand le dernier rayon d'un jour qui va s'éteindre Colore l'eau qui tremble et qui porte au sommeil
Si mon étoile brille Et trace encore mon nom dans la Scarpe d'argent.
Viens ranimer le cœur séché de nostalgie
Le prendre et l'inonder d'une fraîche énergie.
En sortant d'abreuver l'herbe de nos guérets
Viens, ne fût-ce qu'une heure, abreuver mes regrets.
Fragment Sur toi dont l'eau rapide a délecté mes jours
Et m'a fait cette voix qui soupire toujours.
Dans ce poignant amour que je m'efforce à rendre Dont j'ai souffert longtemps avant de le comprendre Comme d'un pâle enfant on berce le souci Ruisseau, tu me rendrais ce qui me manque ici.
Ton bruit sourd se mêlant au rouet de ma mère Enlevant à son cœur quelque pensée amère Qiaand pour nous le donner elle cherchait là-bas Un bonheur attardé qui ne revenait pas.
Cette mère, à ta rive elle est assise encore, La voilà qui me parle, ô mémoire sonore ! O mes palais natals qu'on m'a fermés souvent La voilà qui les rouvre à son heureuse enfant.
Je ressaisis sa robe, et ses mains, et son âme ! Sur ma lèvre entr'ouverte elle répand sa flamme Non ! par tout l'or du monde on ne me paîrait pas Ce souffle, ce ruisseau qui fout trembler mes pas !
Fragment Un ruisseau, frais enfant d'une source cachée
Promenait sur les fleurs son humide cristal ; L'herbe au pied du miroir n'était jamais penchée ; II y versait la vie à flot toujours égal. Harmonieux passant son mobile murmure Enchantait la nature :
Un doux frémissement, quand de ses molles eaux
Il mouillait les roseaux Avertissait au loin quelque nymphe altérée Qu'un filet d'eau coulait sous les saules tremblants ; Et la bergère, au soir, dans la glace épurée
Venait baigner ses pieds brûlants.
Fragment Toi ne passe jamais à l'angle de la rue,
Où notre église encor n'est pas toute apparue
Sans t'arrêter au bruit qui filtre sous tes pas
Pour écouter un peu ce qu'il chante tout bas.
Il chante le passé, car il a vu nos pères ;
II a la même voix que dans nos temps prospères !