CHAPITRE II
— La pauvre dame est morte bien jeune en effet, balbutia celle-ci; pourtant Fëlise peut avoir gardé d'elle un souvenir confus.
— Et comment s'appelait-elle, votre maman, mon agnelet? demanda une des révérendes mères pour dire à son tour quelque chose.
A cette question , la novice devint pâle , et regarda Félise avec angoisse. L'enfant hésita, chercha un moment, et répondit un peu honteuse :
— Je ne me souviens pas.
Alors la sœur Geneviève respira plus librement, et, revenue de son trouble, elle dit à la supérieure :
— Ma chère mère, je vous supplie d'excuser toutes ces hardiesses ; Félise est une enfant gâtée.
— Bien , bien ; nous rélèverons mieux , répondit la supérieure avec indulgence ; il n'est point de naturel si rebelle qui ne s'apprivoise chez nous. Le ciel nous a donné sur ce point des talents particuliers.
On se leva pour dire les grâces. C'était l'heure de la récréation, et, en sortant du réfectoire, les religieuses descendirent au jardin. Un parterre assez vaste , et dont des bordures de buis dessinaient les compartiments, s'étendait le long de la façade ; il était entouré de bosquets profonds, coupés de sentiers qui formaient une espèce de labyrinthe. Les grands arbres, maintenant dépouillés, dépassaient les murailles et bornaient la perspective. Pendant la belle saison, lorsque des masses de feuillage achevaient de cacher le faîte des habitations voisines , lorsque l'on n'apercevait au-dessus de ces cimes verdoyantes que le ciel inondé de lumière ou traversé par de légers nuages, l'on aurait pu se croire dans une étroite et solitaire vallée plutôt qu'au centre de la moderne Babylone. ^-
En ce moment, le pâle soleil de décembre réchauffait faiblement l'atmosphère et fondait le givre qui pendait aux rameaux ; le vent, moins âpre , avait séché le sable des allées ; le