CHAPITRE H
rude hiver laissait souffler un moment la douce haleine du Midi. Les religieuses se dispersèrent dans le parterre. La sœur Geneviève s'assit sur le perron , au milieu des pensionnaires , qui sautillaient autour d'elle comme une volée d'oiseaux babillards. Tandis que la petite Angèle tâchait de faire amitié avec Félise, son aînée prit place à côté de la novice, et lui dit à voix basse :
— Ah ! ma chère sœur , quel air résolu ! Notre chère mère a beau dire , il ne sera pas aisé de lui inspirer la vocation.
— La vocation ! répéta la sœur Geneviève, est-ce qu'on ne l'a pas toujours lorsqu'on n'a jamais vu le monde, lorsque, comme vous, ma chère Cécile, comme ma petite Félise, Ton entre ici à l'âge de six ans ? *«
La pensionnaire secoua la tète et ne répondit pas.
Cécile de Chameroy était une petite personne d'environ douze ans, blonde, fraîche et jolie. Elle portait, comme les autres pension-
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naires, une robe d'étamine bleue, qui marquait sa taille déjà assez élevée et d'une grâce parfaite. Ses cheveux, légèrement crêpelés et d'une nuance un peu vive, formaient un lourd chignon, qui lui descendait sur la nuque, et que recouvrait imparfaitement une coiffe de pomille ou gaze noire, à barbes rattachées sous le menton. Ses yeux d'un bleu changeant, son nez retroussé , sa bouche épanouie , lui composaient un visage le plus mutin et le plus spirituel du monde. Il était impossible de se figurer cette piquante physionomie sous le voiler La petite Angèle avait, au contraire, des traits calmes et doux, et une expression de sensibilité qui n'appartient pas communément à l'enfance. Les deux sœurs étaient orphelines et destinées au cloître. L'aînée se rappelait vaguement la maison paternelle ; la plus jeune avait été amenée chez les Annonciades en quittant les bras de sa nourrice, et n'avait aucune idée de ce qui existait au delà des murs du couvent.