CHAPITRE II
Félise, debout devant \es genoux de la sœur Geneviève, refusait obstinément de se mêler aux pensionnaires , qui jouaient à colin-mail- ^lard sur la terrasse , et l'agaçaient en passant avec une familiarité amicale. Chaque fois que l'une d'entre elles lui prenait brusquement la main ou la saisissait en riant par le coin de son tablier, elle se retournait, toute fâchée et honteuse, vers la sœur Geneviève, et se cachait le visage d'un air boudeur.
— Voyons ! il faut que je tâche de l'apprivoiser, cette petite sauvage ! dit Cécile de Chameroy; avec votre permission, sœur Geneviève, je vais la mener à Bethléem voir le saint enfant Jésus.
— Oui, partons, partons tout de suite ! s'écria naïvement Félise en remettant sa capeline et en prenant d'elle-même la main de la petite Angèle.
La sœur Geneviève passa son bras sous celui de Cécile, et murmura en soupirant ;
— La pauvre enfant se figure que nous allons l'emmener bien loin.
Elles traversèrent le parterre et prirent un des sentiers qui s'égaraient entre les bosquets. <; Cette partie du jardin avait un certain air agreste. Les rameaux parasites du lierre rampaient au tronc des ormes séculaires , dont le pied était caché dans d'épais buissons de ronces et d'églantiers^^ Quand venait le beau mois de juin, l'on entendait le rossignol chanter toute la nuit sous ces ramées profondes , et la pervenche fleurissait à l'abri de ces tranquilles ombrages comme dans ses forets natales. Le sentier qui coupait ce bocage s'égarait en tant de détours, que l'on pouvait, sans revenir sur ses pas, faire une assez longue promenade.
Félise courait en avant, impatiente et curieuse. L'aspect des gazons flétris, des arbres dépouillés , ne lui retraçait aucun souvenir ; elle ne se rappelait que la verdure et les fleurs de l'été précédent. Une fois , cependant , elle s'arrêta tout à coup , et dit , en regardant les