‹ FéliseChapitre 24 sur 99 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

avec le séjour du couvent; elle n'imaginait pas qu'il y eût au monde rien de plus beau que cette nombreuse réunion de poupées couvertes de magnifiques habits, et tout ce qu'elle avait aperçu en passant dans la rue Saint-Antoine lui sembla , par comparaison , fort mesquin. Quand elle fut un peu revenue de cette extase, elle se prit à demander le nom de toutes ces belles figures de carton, qui lui semblaient des personnes naturelles. Cécile lui expliquait tout cela avec une complaisance infinie. Quand elle arriva au personnage vêtu de noir, elle dit gravement :

— Celui-ci existe en chair et en os ; c'est le révérend père Boinet , confesseur de la communauté. L'an dernier, il y avait à sa place le révérend père Pacaud, notre aumônier, un saint homme aussi ! C'est bien glorieux d'avoir comme cela son portrait dans la même niche que le saint enfant Jésus ! Il est très-ressemblant le portrait du père Boinet !

— Il est bien laid ! dit naïvement Félise.

Pendant ce dialogue , la sœur Geneviève , debout à la porte du pavillon, suivait du regard la petite Angèle, qui, au lieu de contempler la crèche qu'elle avait déjà visitée vingt fois, s'amusait à courir le long de l'allée en soulevant avec ses pieds les feuilles sèches amassées sur les bords. En dispersant cette couche qui préservait le sol de la gelée, Angèle découvrit une petite touffe verdoyante, et aussitôt un parfum subtil, ravissant, embauma l'air.

— Ah! fit-elle avec un cri de joie, une violette !

Elle la cueillit délicatement, et l'apporta triomphante a la sœur Geneviève. La novice attacha cette fleurette à sa guimpe, et resta immobile, la tête appuyée sur sa main, les yeux fermés, comme si ce parfum l'eût enivrée. En effet, l'aromc qui flottait dans l'air avait en quelque sorte inondé son ànie ; ses souvenirs l'avaient tout à coup transportée dans d'autres lieux ; elle était retournée la durée d'un éclair vers les campagnes natales, sous les platanes

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