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CHAPITRE PREMIER

— Pardon ; il n'y a pas de mal , répondit civilement la marchande; la pauvre demoiselle s'est pourtant évanouie de saisissement.

— Elle est si affaiblie, si malade ; elle n'avait pas besoin de cette dernière secousse, murmura la suivante en jetant un regard presque irrité sur l'innocente créature, cause de

cette scène. ^Xtw i*^ . / ^^/^ ^

Cependant la voyageuse avait repris ses sens, et, rouvrant les yeux, elle murmura :

— Je suis mieux, je suis bien à présent. Allons, Suzanne, il faut faire avancer la voiture. Où est Balin?

— Ici, mademoiselle; je suis ici, répondit le vieux serviteur en s'avançant.

— C'est bien ; occupez-vous de la petite, reprit l'étrangère ; menez-la par la main jusqu'au carrosse.

Elle fit ces recommandations avec l'accent d'une pénible sollicitude, mais sans jeter un regard sur l'enfant miraculeusement préservée. Les femmes qui l'entouraient la considc-

raient avec une curiosité mêlée d'étonnement. C'était une belle personne de vingt-cinq ou vingt-six ans, blonde, d'une taille élancée et d'un aspect imposant. Ses traits, un peu effilés, avaient une expression de tristesse sévère; son regard était froid et distrait; elle avait le geste lent, le maintien accablé que laissent les longues souffrances morales ; pourtant l'étincelle d'une pensée active, véhémente, brillait encore dans ses grands yeux bruns. Elle se leva, rabattit ses coiffes sur son pâle visage, et, s'appuyant au bras de sa femme de chambre, elle adressa quelques mots de remercîment à la marchande, avec une politesse mêlée de dignité qui sentait fort sa grande dame. Au moment de sortir, elle fit signe au vieux domestique de prendre à l'étalage un joujou de deux sous, et, tirant sa bourse, elle mit un louis sur le comptoir.

La marchande la reconduisit jusqu'à la porte avec de grandes révérences, et, retenant un instant la petite fille d'un geste discret, elle lui

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