‹ FéliseChapitre 31 sur 99 · CHAPITRE Iir · texte numérisé non relu

CHAPITRE Iir

l'autre. C'est dans cette maison qu'Angèle vint au monde, et le même jour ma pauvre mère mourut.

La voix de Cécile s'altéra en prononçant ces derniers mots. Ses yeux doux et riants se remplirent de larmes.

— Et après, mon enfant, dit la sœur Geneviève d'un air touché, après ce malheur, qu'arriva-t-il?

— Hélas ! après ce malheur, il en vint un autre, répondit la jeune fille ; mon père tomba malade, et bientôt l'on reconnut qu'il n'en reviendrait pas. Aux derniers jours de sa vie, la Providence vint pourtant à son secours. Un de ses parents éloignés, ayant appris sa triste situation, courut à Versailles et sollicita pour lui. Il avait quelque crédit, il obtint tout ce qu'il demanda ; mais les bienfaits du roi venaient trop tard. Avant de mourir, mon père nous recommanda à ce vieux parent et le pria d'être notre tuteur, notre bienfaiteur ; puis il me tint un discours que je ne compris guère,

et que j'écoutais en pleurant. Dès qu'il eut rendu son âme à Dieu, notre parent, le baron de Favras, m'amena ici. Notre chère mère , touchée de notre malheur, consentit à recevoir aussi Angèle, qui était une toute petite enfant encore au berceau.

— Et ce parent, ce tuteur, vous a-t-il depuis témoigné quelque intérêt? demanda la sœur Geneviève. Vient-il vous voir quelquefois?

— Jamais, répondit Cécile; jamais, quoiqu'il demeure très-près d'ici, car, je m'en souviens, il ne fit que traverser la rue pour nous y amener. Il nous connaît à peine ; il ne peut pas nous aimer. Angèle et moi, nous n'avons véritablement d'autre père et d'autre protecteur que le bon Dieu.

— Pauvres enfants ! murmura la sœur Geneviève, convaincue de la nécessité de leur vocation.

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