‹ FéliseChapitre 33 sur 99 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

douées, avaient senti leurs facultés se développer dans les enseignements de la religion. Alors elles s'étaient naturellement tournées vers Dieu; tout ce qu'elles avaient d'intelligence et de sensibilité s'était absorbé dans la vie mystique; elles cberchaient avec ardeur les voies du salut, et trouvaient dans la pratique des devoirs religieux un aliment suffisant à leur activité.

La mère Madeleine , supérieure du couvent de l'Annonciation , était une religieuse vieillie dans les plus difficiles fonctions de la vie monastique. Capable et prudente, d'une piété sincère, d'un caractère droit , d'une humeur sereine , facile et gaie , elle gouvernait son troupeau avec une autorité absolue, tempérée par l'indulgence et la douceur. Élue pour la première lois supérieure à l'âge de vingt-cinq ans , elle avait réuni de nouveau tous les suffrages à l'expiration de son priorat , et , chose inouïe dans l'histoire des communautés religieuses, elle continuait ainsi sans interruption,

depuis vingt années , l'exercice de son autorité.

C'était toujours dans la maison des jésuites de la rue Saint-Antoine qu'étaient choisis le confesseur et l'aumônier des filles bleues. Le père Boinet, leur directeur actuel, joignait à une piété, à une sainteté de mœurs avérée, le talent de conduite qui distinguait les membres de la compagnie de Jésus. Ses supérieurs avaient compris, avec leur tact et leur pénétration ordinaires, que c'était un de ces hommes encore mieux défendus par leur propre naturel que par leurs principes, et ils n'avaient pas hésité à lui confier la direction d'une trentaine de femmes qui n'étaient pas toutes de révérendes sœurs, au teint blême, au nez barbouillé de tabac. Quoiqu'il ne manquât ni de savoir, ni d'habileté, ni de finesse, il ne manifestait dans ses discours qu'une médiocre capacité ; personne n'avait comme lui l'art de se mettre à la portée des esprits simples et d'entrer dans leurs minuties. Sa figure épaisse

Page 1