CHAPITRE IV
et bonasse inspirait de la confiance aux plus timides, et il était d'ailleurs d'une laideur si vulgaire , qu'il n'était pas à craindre que les plus exaltées le regardassent jamais avec une dangereuse admiration. Au lieu de pousser dans les rudes sentiers de la pénitence le docile troupeau commis à sa garde, il le guidait à travers les voies faciles qui mènent également au ciel.
Dès son entrée au couvent, la sœur Geneviève avait été l'objet de la sollicitude particulière du père Boinet. Confident et juge de sa vocation, il l'avait encouragée par des motifs qui étaient demeurés ensevelis dans le secret du confessionnal, et que la jeune novice n'avait révélés qu'à lui seul. Lorsque la supérieure lui avait témoigné ses scrupules relativement à l'admission de cette belle jeune fille, qu'une résolution subite jetait dans le cloître, il lui avait répondu simplement :
— Soyez sans inquiétude, ma révérende mère; c'est une âme innocente ; elle a quitté
le monde avec sa robe baptismale , et n*a apporté ici ni un regret ni un souvenir qui puissent souiller sa pureté.
Aussitôt que la sœur Geneviève eut pris le voile noir, elle fut chargée de seconder la maîtresse des pensionnaires dans ses fonctions. La tâche n'était pas difficile ; on ne se piquait pas d'instruction chez les Annonciades, et plusieurs d'entre les religieuses n'avaient jamais ouvert d'autre livre que leur formulaire ; mais, en revanche , il n'y avait point de maison où l'on excellât si parfaitement à broder des images et h faire des bouquets d'autel avec du clinquant et du papier doré. La sœur Geneviève apprenait à lire aux petites pensionnaires , et travaillait avec les grandes aux ornements d'église, vrais chefs-d'œuvre qui demeuraient souvent une année entière sur le métier et à la confection desquels participait toute la communauté.
La jeune religieuse put s'occuper ainsi de l'éducation de Félise. D'abord elle essava de