‹ FéliseChapitre 35 sur 99 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dompter ce naturel indocile et fougueux ; mais elle n'y réussit qu'imparfaitement. La petite fille, opiniâtre et mutine, résistait à ses exhortations , à ses ordres , puis tout à coup cédait à ses prières, car elle l'aimait avec toute la tendresse dont le cœur égoïste et léger des enfants est capable. De son côté, la sœur Geneviève avait pour Félise une affection inquiète et pour ainsi dire douloureuse. Souvent ses regards s'arrêtaient avec une amère expression de tristesse sur cette jolie créature , et elle murmurait, en passant sa main dans les cheveux de la petite Angèle qui ordinairement se tenait tranquille à ses genoux, tandis que Félise bondissait autour d'elle avec la capricieuse vivacité d'une chevrette :

— Seigneur, mon Dieu! quand lui ferezvous la grâce de ressembler à ce pet if ange ?

Cécile de Chameroy devint aussi la favorite et presque l'amie de la sœur Geneviève ; bientôt cette enfant comprit ce que l'œil pénétrant de la mère 3Iadeleine n'avait pas aperçu, ce

que personne ne soupçonnait ; elle comprit que l'âme de la jeune religieuse était accablée d'un sombre ennui , d'une douleur mystérieuse et incurable. Des souvenirs chers et tristes, de vagues regrets, la préoccupaient secrètement, et quoiqu'elle ne parlât jamais de sa famille, ni du temps qui avait précédé son entrée en religion, Cécile devinait que sa pensée revenait sans cesse vers tout ce qu'elle avait quitté. Souvent, le soir, debout à la fenêtre de sa cellule, Geneviève se recueillait longtemps dans une muette contemplation, et versait des larmes en élevant ses regards vers le firmament semé d'étoiles. Alors , si sa jeune amie venait s'accouder aussi à l'étroit balcon, elle lui disait en soupirant :

— Oh! ma chère Cécile, que la nuit est belle ! Tdlirnez les yeux vers le fond du jardin ; de ce côté, l'on n'aperçoit plus maintenant que le feuillage des arbres et la voûte du ciel. Il me semble que je suis au milieu des champs, que je respire la bonne odeur des bois , l'air

Page 1