CHAPITRE IV
dans l'espace profond à demi éclairé par un rayon de soleil qui traversait les ais brisés d'une fenêtre, et frappait obliquement la muraille tapissée de tableaux :
— Eh! ma chère sœur, s'écria la fillette en riant, que faites-vous ici, en compagnie de tous ces vieux portraits qui ont l'air de vous regarder tristement du haut de leur cadre?
— Venez çà faire connaissance avec eux, follette, dit la religieuse en se rangeant pour faire place à Cécile sur le banc vermoulu où elle était assise.
Puis, reprenant son attitude pensive, elle ajouta :
— Je me figure le temps où l'on donnait ici le bal...
— Le bal ! répéta Cécile avec un profond étonnement ; vous vous figurez , ma chère sœur, ce que c'est qu'un bal?...
— Certainement, car j'y ai assisté, répondit la sœur Geneviève avec un soupir.
«-- Vous avez dansé ! fit Cécile à voix basse
et en joignant les mains avec un geste de naïve stupeur.
Et, après un moment de réflexion, elle ajouta plus bas encore :
— C'est bien divertissant, n'est-ce pas?
— Ah ! oui , répondit ingénument la jeune religieuse.
Et , comme Cécile l'interrogeait encore du regard, elle ajouta :
— J'ai été au bal une fois, une seule fois, le beau jour où j'eus seize ans.
Elle appuya son front sur sa main et parut revenir avec un plaisir mélancolique sur ce frivole souvenir ; puis, se relevant tout à coup, elle prit le bras de Cécile, et l'emmena devant les tableaux.
— Je prends plaisir à voir tous ces personnages, lui dit-elle, car je les connais.
— Sainte Vierge ! où donc les avez-vous vus, ma chère sœur? s'écria la jeune pensionnaire avec un étonnement où perçait quelque incrédulité.