CHAPITRE IV
— Dans les livres, répondit la religieuse en souriant. Nous sommes ici en illustre compagnie. Regardez les noms écrits au bas de ces toiles, et, à défaut du nom, ces écussons blasonnés.
— Vous connaissez les armoiries?
— Comme toutes les filles nobles qui ont passe leur enfance dans de vieux châteaux. Cette maison, dont on a fait un monastère, dut appartenir jadis aux Montmorency, car l'on y retrouve partout leur écusson, et ces portraits représentent la famille du grand connétable.
Cécile parcourut du regard la série de figures alignées sur les panneaux, et tâcha de démêler leurs traits sous la poussière séculaire dont elles étaient voilées; puis, revenant à l'idée qui la frappait surtout, elle dit en désignant un portrait de femme dont les yeux noirs et les blanches mains ressortaient seuls sur la toile :
— Vous croyez donc , ma chère sœur , que cette belle dame a donné ici le bal ?
88 FJÉLISE.
— Certainement, répondit la sœur Geneviève , elle doit y avoir dansé le branle et la pavane comme c'était la mode il y a cent ans et plus.
— Ah ! s'écria Cécile en riant, si nos révérendes mères savaient cela, elles viendraient ici jeter de l'eau bénite.
La cloche annonça en ce moment la fin de la récréation.
— Jésus, Marie , déjà ! reprit Cécile ; la mère Perpétue a avancé l'horloge, j'en suis certaine. Allons ! il faut prendre congé de cette belle compagnie.
L'espiègle, à ces mots, fit une grande révérence aux tableaux et s'en alla en dansant suivie de la sœur Geneviève.
Le temps marchait cependant au milieu de ces devoirs et de ces récréations monotones ; quatre années s'écoulèrent pesantes, uniformes, sans intérêt, sans souvenirs. La sœur Geneviève en avait senti passer lentement toutes les heures, et il lui semblait que cette période de