‹ FéliseChapitre 39 sur 99 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

son existence était comme un seul jour d'une longueur infinie.

Angèle et Félise étaient encore deux enfants ; mais Cécile allait avoir seize ans ; l'adolescente était devenue une belle jeune fille, fraîche et brillante comme un bouton de rose. Son teint pur et velouté avait un éclat incomparable, et ses cheveux d'un blond doré étaient les plus beaux du monde. A chaque mouvement de tète un peu trop vif, ces magnifiques tresses se dénouaient et retombaient jusqu'à ses talons. Alors la maîtresse des pensionnaires les relevait sous son béguin de gaze noire et grondait doucement l'étourdie, qui lui répondait en riant :

— Pardonnez-moi, ma chère mère, bientôt je ne vous donnerai plus cette peine. Le jour où je prendrai le voile blanc, les grands ciseaux de la mère Perpétue abattront tout cela.

Le moment approchait en efi'et où la jeune pensionnaire devait prendre l'habit de novice, et elle semblait l'attendre sans effroi, sans in-

quiétude. Son humeur était toujours aussi enjouée; ses yeux vifs et riants n'accusaient ni larmes secrètes ni soucieuses insomnies, et son charmant visage conservait une inaltérable sérénité. A la vérité, elle ne manifestait pas non plus l'impatiente ferveur d'une àme qui va au-devant de ses nœuds mystiques. La mère Madeleine affirmait qu'elle avait la vocation passive : dans l'opinion de la digne supérieure, c'était la meilleure. Elle jugea qu'il ne fallait pas différer de fermer à jamais sur cette blanche brebis les portes du bercail, et le jour fut fixé pour la cérémonie.

L'usage était qu'avant de prendre le voile, la postulante se préparât à cet acte solennel par quelques jours de solitude et de recueillement. Il y avait à cet effet, dans la maison, une chambre isolée dont l'ameublement était tout à fait conforme à la pauvreté monastique. La couchette sans rideaux était placée entre une chaise de paille et un prie-Dieu ; l'étroite fenêtre, qui s'ouvrait sur une cour intérieure,

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