CHAPITRE PREMIER
baisa la main et lui dit avec un intérêt respectueux :
— Comment vous appelle-t-on, mademoiselle?
— Félise, répondit l'enfant.
— C'est un beau nom ! s'écria la bonne femme. Félise! cela veut dire heureuse, celle qui est née sous une heureuse étoile, n'est-ce pas?
En entendant ces paroles, la voyageuse et sa suivante se retournèrent avec un mouvement involontaire, et, frappées sans doute de la même pensée, elles abaissèrent sur l'enfant un étrange regard.
— Votre nom n'a pas menti aujourd'hui, mademoiselle Félise, reprit la marchande ; que Dieu vous protège ainsi tous les jours de votre vie ! . . .
L'étrangère ordonna d'un geste impatient à son vieux serviteur de faire monter la petite fille dans la voiture, et se hâta de reprendre elle-même sa place.
— Allez, postillon, cria la suivante en fermant le rideau de la portière au nez des curieux attroupés devant la boutique.
Le carrosse roula encore quelques moments dans la rue Saint-Antoine, puis, tournant au coin de la place de Birague, il alla s'arrêter devant le couvent des Annonciades, situé au fond de la rue Culture-Sainte-Catherine, à cent pas de l'hôtel habité naguère par madame de Sévi gné.
Le vieux serviteur, faisant fonctions d'écuyer, présenta respectueusement Tavant-bras à sa maîtresse, et tandis qu'elle descendait, une main légèrement appuyée sur sa manche, il lui dit avec une expression de zèle embarrassé et inquiet :
— Si mademoiselle voulait me donner ses ordres, je pourrais m'occuper sur-le-champ de lui chercher un logis. J'avoue que, ne connaissant point la ville, je me trouve un peu en peine. .
— La première maison venue me convien-