CHAPITRE IV
religieuse son visage pâli par les tourments intérieurs qu'elle avait soufferts, et répondit en versant des larmes :
— Oh ! ma chère sœur, il n'y a rien de changé en moi ; j'éprouve toujours les mêmes frayeurs, les mêmes angoisses... le Seigneur m'a retiré sa grâce...
— Vous vous êtes confessée au père Boinet?
— Oui, ma sœur, je lui ai avoué les répugnances, les désirs coupables que j'ai conçus malgré moi; mais il a vu sans indignation l'état de mon âme. Il a traité mes appréhensions de scrupules sans fondement ; enfin il m'a assuré que j'avais une vocation suffisante.
— Et il n'a pas jugé à propos de différer la prise d'habit?
— Non, ma sœur; il m'a recommandé seulement de me mettre entre les mains du Seigneur, qui connaît mieux que nous-mêmes les voies par lesquelles nous devons aller à lui. Alors, pressée par une douleur mortelle, je me
9G FELISE. /
suis jetée aux genoux de notre révérende mère, je lui ai déclaré que je ne me sentais pas appelée à la vie parfaite, et que je risquais mon salut éternel en prenant le voile. Elle m'a écoutée avec ime bonté infinie , sans me blâmer, sans s'étonner, en m'appelant toujours sa chère fille, sa chère brebis. Ensuite elle m'a aidée à faire un nouvel examen de conscience, et, quoique je lui aie révélé sincèrement les pensées coupables qui s'élevaient dans mon esprit à mesure que j'approfondissais mes dispositions, elle a refusé de croire que le Seigneur m'eût ainsi abandonnée, elle a persisté à me rassurer sur ma vocation. Oh ! ma chère sœur, telle est mon ingratitude et mon iniquité, que tant de douceur et de miséricorde ne m'a pas touchée ; j'ai senti au contraire en moi des mouvements de révolte et de haine. Je prendrai le voile , mais je ne serai pas une bonne religieuse; dans le fond de mon cœur, je détesterai mes vœux...
— Oh ! mon enfant, ne proférez pas de telles