CHAPITRE IV
Cette nouvelle inouïe jeta les bonnes religieuses dans un étonnement et une consternation inexprimables. On levait les mains au ciel, on parlait à haute voix dans l'ouvroir.
— Jésus, mon Sauveur! s'écria la mère Perpétue, une telle violence presque au moment de la prise d'habit... Il faut que cet homme soit un idolâtre, un athée, un hu-
— Il ne réussira pas dans ses damnables projets, dit une autre religieuse ; soyez assurées, mes très-chères sœurs , que ces enfants résisteront à la persécution, et qu'après l'avoir confondu par leur constance, elles l'obligeront à les ramener parmi nous.
— Que le Seigneur leur fasse cette grâce ! ajouta une troisième ; comme on se hâtera de leur rouvrir la porte du bercail à ces chers agneaux !
Une des anciennes qui était sortie de l'ouvroir sur les pas de la supérieure revint en ce moment.
— Ail ! mes très-chères sœurs , dit-elle , prions pour ces colombes ravies par un cruel vautour. Je viens de parler à la sœur Ursule; c'est elle qui a ouvert la porte du parloir à ce méchant homme ; elle était présente lorsqu'il a emmené ses pupilles.
— Oh! ma chère mère, dites-nous... Quel visage a-t-il? comment s'est-il expliqué? s'écrièrent les religieuses.
— C'est un vieux gentilhomme, tout perclus de goutle et de rhumatismes. II a fallu que son valet lui donnât le bras jusqu'au parloir. Sœur Ursule n'a pas entendu ce qu'il a dit d'abord à mademoiselle de Chameroy, elle a seulement compris qu'il parlait d'un ton courroucé ; apparemment il a fait de grandes menaces, et il était décidé à pousser jusqu'au bout le scandale, car notre révérende mère a sur-le-champ cédé. On lui a amené les deux sœurs ; la porte de clôture s'est ouverte , et ces pauvres enfants sont sorties en versant des larmes. Angèle a eu peur quand elle a entendu