CHAPITRE PREMIER
dra, pourvu que j'y sois seule, tout à fait seule, répondit la voyageuse.
— Je vois d'ici plusieurs écriteaux, reprit le bonhomme en parcourant du regard les maisons de belle apparence qui faisaient face au couvent des Annonciades; si mademoiselle le trouve convenable, je vais voir... à moins qu'elle ne préfère un autre quartier...
— Mon Dieu ! qu'est-ce que cela me fait? murmura la voyageuse d'un air de morne insouciance ; que je demeure dans cette rue même, plus loin ou à l'autre bout de Paris, peu m'importe !
— Il faut aviser tout de suite, reprit Balin en se retournant de tous les côtés, comme un homme décidé à marcher au hasard. Puisque mademoiselle ne veut pas descendre, même pour une seule nuit, dans un hôtel garni, il faudra aussi que je voie sur l'heure un tapissier, que je me procure des meubles... Mademoiselle va manquer de tout aujourd'hui, et
qui sait comment elle sera couchée ce soir?
— Qu'est-ce que cela me fait? répéta la voyageuse avec une sorte d'accablement mêlé d'impatience; allez, Balin, et faites comme il vous plaira : vous avez une heure.
— A la grâce de Dieu ! Je ne vais pas plus loin, murmura le bonhomme en soupirant et en se dirigeant vers une maison du voisinage, à la porte de laquelle on lisait sur une planchette : Grand hôtel entre cour et jardin à louer présentement.
La porte du couvent s'ouvrit au premier coup de sonnette et se referma aussitôt sans bruit derrière les nouvelles venues , qui se trouvèrent alors dans un vestibule spacieux, humide et sombre. Des bancs de chêne scellés au mur régnaient alentour ; au fond , l'on apercevait les premières marches d'un large escalier tournant. Personne ne se présentait, et l'étrangère dut s'arrêter un moment pour s'orienter dans ces lieux inconnus. Tandis qu'elle promenait autour d'elle un regard fati-