‹ FéliseChapitre 58 sur 99 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

— Il faut que cette enfant quitte pour un temps le couvent.

— Elle est orpheline; en quelles raains la remettre avec sécurité? seigneur Dieu !

— Vous rappelez-vous, ma révérende mère, qu'elle fut amenée ici par une dame il y aura neuf ans le dernier jour de cette année. C'était sa proche parente, la propre sœur de sa mère, qui venait de bien loin pour la donner aux Annonciades. Depuis lors, cette personne a envoyé de temps en temps quelqu'un à la grille pour s'informer de la sœur Geneviève et se recommander à ses prières. Elle demeure près d'ici, et elle ne refusera pas de recevoir sa nièce dans sa maison.

— Mais, mon révérend père, observa la supérieure, c'est, contre votre première décision, rendre Félisc au monde...

— Si ce que l'on m'a rapporté est vrai, c'est renvoyer au contraire dans un si Iriste séjour, que bientôt, elle demandera d'elle-même à revenir ici. Qu'elle ignore jusqu'au dernier mo-

ment notre dessein : je vais m'en occuper sur l'heure, et tâcher de mener la chose promptement.

— Que le ciel bénisse vos efforts et vos intentions ! s'écria la digne supérieure avec reconnaissance ; il est certain, mon révérend père, que Dieu vous inspire toujours ce qui doit tourner à sa gloire, ainsi qu'au repos et à la prospérité de cette maison.

Le surlendemain, après vêpres, le père Boinet fit demander la supérieure au petit parloir.

— Le ciel aidant, j'ai conduit à bien cette affaire, lui dit-il; la personne chez laquelle je me suis présenté a été sensiblement touchée en apprenant la mort de notre pauvre sœur Geneviève ; mais elle se refusait à recevoir sa nièce. Il a fallu longtemps pour vaincre sa résolution. Maintenant, ma révérende mère, faites appeler ici votre enfant rebelle.

Féiisc entra dans le parloir avec un visage indifférent et morne ; elle s'attendait peut-être

Page 1