CHAPITRE IV
à une rigoureuse admonestation, et il était évident qu'elle était prête à la recevoir dans un silence passif; mais, au lieu de la regarder d'un œil sévère, le père Boinet lui dit avec bénignité :
— Vous avez manifesté, mademoiselle, le désir de quitter cette maison ; persistez-vous dans cette résolution ?
— Oui, mon révérend père, balbutia Félise, troublée par cette question inattendue.
— En ce cas, reprit le père Boinet du même ton, vous allez en sortir dès aujourd'hui : votre tante, mademoiselle Philippine de Saulieu, vous recevra chez elle.
— Ma tante Philippine ! répéta Félise avec une vague frayeur, car ce nom lui avait rappelé tout à coup les tristes impressions de son enfance.
— On va vous conduire dans sa maison, ma chère fille, dit alors la mère Madeleine ; fasse le ciel que vous trouviez auprès d'elle les consolations qui vous manquent ici !... Aimez-
la, honorez-la, vivez dans la crainte de Dieu, et souvenez-vous que le couvent des Annonciades est toujours ouvert à celles qui, désabusées du monde, veulent y revenir pour le reste de leur vie.
Félise hésita un moment; d'un côté, elle voyait la sombre et imposante figure de sa tante accompagnée de sa vieille Suzanne ; de l'autre, ces lieux vides et désolés où avait vécu la sœur Geneviève, et d'où elle était sortie pour toujours. Le sentiment de cette perte cruelle l'emporta ; elle fit instinctivement un pas vers la porte, et dit d'une voix étouffée en se couvrant la figure de son mouchoir :
— Je suis prête!...
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II y avait, à cinquante pas du couvent des Annonciades, une assez grande maison dont la façade était masquée par un mur sans fenêtres et percé seulement d'une porte cochère. La cour qui séparait cet édifice de la rue était plantée de tilleuls que la hachette de l'émondeur n'avait pas touchés depuis plusieurs années et dont les branches touffues formaient un sombre couvert. Au delà s'ouvrait un ves-
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libule auquel le voisinage des arbres ôlait le peu de clarté qu'aurait pu y jeter une fenêtre grillée avec des barreaux de fer. Un large escalier à rampe de pierre occupait l'un des côtés ; mais, au seul aspect des marches, couvertes d'une couche de poussière que le balai n'avait jamais soulevée, on comprenait que les étages supérieurs n'étaient pas habités. Après le vestibule, il y avait une antichambre si vaste, que toute la domesticité d'un grand d'Espagne y aurait tenu à l'aise, et où l'on ne voyait pas clair même en plein midi.
Félise arriva dans cette maison silencieuse et sombre, conduite par Suzanne qui était allée la recevoir à la porte de clôture. La chagrine suivante avait toujours le même air roguc, les mêmes inflexions de voix cassantes, la même tournure de vieille fille soucieuse et desséchée. En ce moment, elle semblait sourdement irritée et marmottait des exclamations sans suite entremêlées de soupirs et de gestes saccadés. Félise marchait sur ses pas, presque tremblante et