CHAPITRE V
lieu se trouvait en face des portraits. Il était environné à moitié d'un paravent dont les feuilles peintes en grisaille représentaient des attributs de deuil. A côté, sur un guéridon, il y avait un ouvrage de tapisserie commencé et un livre de prières. Un gros chat gris était couché en rond sur le fauteuil, et suivait de son œil jaunâtre, entr'ouvert à demi, tous les mouvements de Félise, laquelle fît lentement le tour du salon et revint ensuite vers les portraits , qu'elle considéra longtemps avec une curiosité rêveuse. La vue de ces ûères et charmantes figures éveillait dans son âme des impressions confuses, et elle ne pouvait en détourner ses regards. Suzanne la surprit dans cette contemplation.
— C'est vous déjà , mademoiselle ? dit la maussade suivante; j'allais passer chez vous pour vous lever.
— Merci, Suzanne, répondit-elle en se retournant vivement ; je craignais d'avoir dormi trop longtemps, et je me suis dépêchée de m'ha-
biller. J'ai fait bien vite mes prières, et ensuite je suis venue ici, pensant y trouver ma tante.
— Mademoiselle ne se lève qu'à midi.
— Jésus ! elle dort encore ?
— Elle repose ; son corps est si affaibli !
— Oh! oui, elle paraît bien vieille à présent, dit Félise en levant les yeux vers le portrait; son visage est tout blême et ridé. Quelle différence avec cette figure!
— C'était elle autrefois quand elle avait vingt ans, dit Suzanne avec un soupir ; qui pourrait la reconnaître aujourd'hui?
— Et l'autre portrait, reprit Félise, c'est celui de quelque gentilhomme de notre famille?
Suzanne ne répondit que par un signe de tête négatif.
— C'est le portrait d'une personne qui est morte? continua Félise avec une pénétration instinctive.
A cette seconde question, Suzanne tressaillit et leva sur Félise un regard inquiet, étonné, plein d'une secrète horreur, comme si ce seul