‹ FéliseChapitre 75 sur 99 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tante, elle jouait discrètement avec le gros chat gris et lui disait de petits mots à voix basse. Parfois mademoiselle de Saulieu relevait la tête, et, rappelant la béte féline, qui tournait vers elle son œil hypocrite sans se déranger, lui parlait aussi. Alors Félise s'enhardissait à répondre pour le matou. C'était ainsi qu'elle faisait, à de grands intervalles, la conversation avec sa tante.

Un jour qu'elle s'était levée plus tôt que de coutume et qu'elle se promenait dans le jardin encore trempé par les brouillards nocturnes , elle s'aperçut que Balin n'était pas encore dans l'antichambre, dont la porte et les fenêtres grandes ouvertes laissaient apercevoir la profondeur du vestibule, et au delà les tilleuls qui ombrageaient la cour. Félise s'avança jusqu'au vestibule ; il n'y avait personne. Un moment, elle eut la tentation d'aller jusqu'à la rue ; mais elle eut peur de rencontrer Balin dans la cour , et , avisant le grand escalier dont les marches poudreuses ne gardaient pas l'em-

preinte récente des gros souliers plats du bonhomme, elle se hasarda à monter. Toutes les pièces du premier étaient ouvertes. C'étaient, comme au rez-de-chaussée, de vastes salles prenant jour sur le jardin, des chambres dont les trumeaux et les plafonds étaient ornés de peintures ; mais il n'y avait pas trace d'ameublement, et le seul aspect des lieux annonçait qu'ils n'avaient pas été habités depuis longtemps. Cependant un lé de tapisserie oublié pendait au mur de la chambre à coucher, et la plaque du foyer était cachée à moitié par un monceau de paperasses moisies et de livres déchirés. Sur le manleau même de la cheminée , il y avait deux petits livres auxquels le temps avait fait une reliure de poussière. Félisc les prit machinalement du bout des doigts : c'étaient les contes de Perrault et un volume dépareillé de la Princesse de Clèves. Un étroit escalier conduisait au second étage arrangé en mansardes, et qui avait dû servir jadis à coucher la hvrée. Les laquais étaient , en vérité ,

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