CHAPITRE V
plus agréablement logés que les maîtres ; toutes ces petites chambres avaient vue sur un enclos que la muraille du jardin empécliait d'apercevoir par les fenêtres des étages inférieurs, et qui renfermait des parterres ornés de jets d'eau, un boulingrin, des charmilles, des allées, les jardins de Versailles en miniature enfin.
— Ah! le joli séjour! s'écria Félise toute transportée et en avançant la tête hors de la fenêtre en œil-de-bœuf; mais elle recula bien vite en apercevant en bas le vieux Balin, qui se promenait gravement entre les rosiers qu'il avait plantés et qu'il n'avait pas vus naître. Debout contre le volet qui la cachait, elle parcourut encore du regard la perspective qu'elle venait de découvrir ; puis elle descendit sur la pointe du pied, passa comme une ombre derrière Balin, et courut s'enfermer dans sa chambre , d'où l'on pût croire qu'elle n'avait pas bougé. Sans attacher la moindre importance à cette trouvaille, elle avait emporté les deux
livres oubliés sur le manteau de la cheminée. D'abord elle ne fit qu'y jeter les yeux, et elle les cacha au fond d'un tiroir ; puis, un jour, plus désœuvrée encore que de coutume , elle en entreprit la leclure. Pour une fillette qui n'avait jamais ouvert que le formulaire des Annonciadcs, c'était un livre étonnant, merveilleux, que les contes de Perrault. Félise lut ces naïves féeries comme les jeunes filles lisent le premier roman qui tombe entre leurs mains, avec une curiosité , une émotion , un plaisir inexprimables. Toutes ces fictions la transportaient dans un monde enchanté auquel elle était bien près de croire, et pendant plusieurs jours elle ne rêva que de Riquet à la houppe et de cette belle princesse Finette, réduite comme elle à une solitaire captivité. Le premier volume de la Princesse de Clèves l'intéressa d'abord beaucoup moins que ces fantastiques récits; mais, lorsqu'elle sut par cœur les contes de Perrault, elle se mit à relire le roman de madame de la Fayette. C'était un