‹ FéliseChapitre 8 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

faisant partie de ce qu'on appelait la clôture, l'autre destinée à recevoir les personnes du monde qui obtenaient la permission de visiter les religieuses. Le goût dans lequel cette pièce était décorée indiquait qu'elle avait eu naguère une autre destination; en l'appropriant aux habitudes de la vie conventuelle, l'on y avait laissé subsister quelques traces de magnificence mondaine. Une tenture de cuir dont les gaufrures. dorées jadis, avaient pris un ton de bistre, cachait la nudité des murailles ; la cheminée, sous le manteau de laquelle on pouvait commodément s'asseoir, était ornée de charmantes sculptures, et le haut chambranle qui abritait le foyer, comme un dais de pierre, était cantonné de petits Amours riants et joufflus, que les bonnes religieuses prenaient pieusement pour des chérubins. Les miroirs de Venise qui complétaient autrefois l'ameubleraent de ce salon d'apparat avaient été remplacés par des tableaux ; mais au lieu des austères figures de saints, des scènes lugubres

du martyrologe dont les murs blanchis à la chaux de la plupart des monastères étaient tapissés , ces peintures représentaient deux femmes, deux grandes dames dans tout l'éclat de leur parure et de leur beauté : c'étaient les portraits des bienfaitrices de la maison, dont les recluses avaient orné leur parloir.

L'étrangère jeta à peine un regard autour d'elle, et, sans prendre garde à l'invitation de la sœur converse, qui l'engageait à se réchauffer devant la cheminée, où brûlait un bon feu, elle s'assit près de la grille en cachant machinalement dans les larges manches de sa pelisse ses mains rougies par le froid, et dit d'une voix faible :

— Madame la supérieure doit avoir été avertie. Je viens, munie de la recommandalion de monseigneur l'évéque d'Alais , visiter une de vos novices.

— Que Dieu conserve Sa Grandeur ! répondit la sœur laie; notre révérende mère était prévenue de votre arrivée, et j'ai reçu ses or-

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