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CHAPITRE VI

du rez-de-chaussée, où l'attendait Angèle.

— Oh ! la magnifique parure ! vous êtes éblouissante, mignonne ! s'écria la jeune fille en la considérant d'un air ravi ; voilà des pierreries dignes d'une reine.

— Je me suis habillée et coiffée au hasard, presque sans lumière, dit Félise en s'approchant d'un grand miroir incliné où sa figure se réfléchit de la tète aux pieds.

Elle avait mis une robe de taffetas gris d'argent avec le corps de jupe pareil, sans aucune espèce de broderie ni de passement ; mais la simplicité de cet ajustement , que Suzanne avait fait faire pour les sorties du dimanche, était relevée par les précieux joyaux que Félise avait tirés de i'écrin ; les ondes noires de sa chevelure étaient entremêlées de longs rangs de perles rattachées avec des diamants, une chaîne de pierreries entourait son corsage et retombait jusqu'à la ceinture. Ce riche et sévère costume seyait admirablement à la taille de reine, à la beauté souveraine de FéUse; elle

le comprit, et, relevant la tête avec un mouvement d'orgueil et de joie inexprimable, elle dit à madame de Favras, qui entrait :

— Me voici prêle, allons ! . . .

— Encore un moment, dit Angèle, il faut égayer avec des fleurs cette parure un peu sombre.

Et, de ses mains, l'aimable jeune fille attacha au corsage de Félise un bouquet de roses et de jasmin d'Espagne pareil à celui qu'elle portait sur sa robe de damas blanc.

Lorsque Félise parut dans le salon, conduite par madame de Favras, un murmure d'admiration s'éleva de tous côtés; les danseurs s'arrêtèrent, les joueurs de lansquenet oublièrent une minute les cartes : l'efTet qu'elle produisait fut universel. Il y avait dans cette triomphante beauté quelque chose de saisissant et d'étrange; elle faisait songer aux femmes des temps passés, aux héroïnes de l'Arioste, aux belles Florentines du Décaméron. Cette noire chevelure, ces sourcils droits, ces yeux dont

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