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CHAPITRE VI

l'azur pâle et lumineux éclatait sous de longues paupières, ce regard tantôt froid comme un glaive, tantôt triste et brûlant, le plus souvent rêveur, toutes ces singularités, tous ces contrastes, faisaient de cette jeune fille une créature étrange et charmante que l'on ne pouvait regarder sans curiosité, sans intérêt, sans émotion. Elle comprit ce premier triomphe, et en fut enivrée ; il lui sembla qu'elle prenait en ce moment sa place véritable, et que sa beauté la faisait reine dans ce monde qui l'entourait de ses hommages et de ses admirations.

Cependant les joueurs de lansquenet avaient relevé leurs cartes, les danseurs achevaient le grave menuet, un moment interrompu, et les douairières continuaient leur conversation autour d'une table de bassctte. Félise fit d'abord le tour du salon, conduite par madame de Favras. Quand elle eut salué madame de Manicamp, la vieille dame la regarda fixement, et s'écria :

— Je ne m'étonne plus, mademoiselle, de ce qu'on m'a raconté ; votre beauté est un rare trésor qu'il faut cacher sous peine des plus grands malheurs; partout où vous paraîtrez, vous ferez des infidèles, des jaloux et des malheureux !

Après avoir débité ce compliment, elle baisa Félise au front, et, se tournant vers la dame qui se trouvait à son côté, elle lui dit à demivoix :

— Elle m'a rappelé mademoiselle de Fontanges; c'est la même taille, le même port, le même air de déesse, mais la physionomie est très-différente. La pauvre Fontanges avait le regard bête et tendre, celle-ci a de grands yeux clairs d'une expression sauvage. J'aime bien mieux cette jolie Angcle avec sa douce figure, son teint délicat comme une feuille de rose et ses cheveux de 3Iadeleine.

Félise retournait à sa place, lorsque ses yeux rencontrèrent pour la seconde fois les yeux d'un homme qui, depuis qu'elle était entrée

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