‹ FéliseChapitre 91 sur 99 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

dans le salon, se tenait à l'écart sans avoir l'air de prendre part aux divertissements de la soirée. 11 était jeune, il avait une grande tournure, et, quoique ses traits n'eussent rien de remarquablement beau, il avait des regards, des façons de sourire, des airs de tète si spirituels et si nobles, que sa figure l'rappait tout d'abord ; Félise pensa sur-le-champ qu'il devait ressembler à ce duc de Nemours, le tendre amant de madame de Clèves, et elle éprouva une secrète émotion lorsque madame de Favras, ayant appelé cet inconnu du geste, dit d'un air enjoué en le lui présentant :

— Ma toute belle, voici M. le marquis de Gandale qui se mourait d'envie de vous voir, et qui depuis que vous êtes entrée semble si pétrifié d'admiration, qu'il n'a pu faire un pas pour venir vous saluer.

II existe entre deux personnes qui ont beaucoup entendu parler l'une de l'autre sans s'être jamais vues une sorte d'intérêt réciproque qui tourne aisément à un sentiment plus vif et

plus dangereux : le premier regard que Félise jeta sur M. de Gnndale ne fut pas le regard indifférent et curieux qu'elle promenait sur la belle compagnie qui remplissait le salon, et le marquis, de son côté, ne soutint pas sans trouble ce doux éclair. Les danseurs se présentaient en foule pour inviter Félise, et, afin de se délivrer de leurs instances, elle dut leur déclarer qu'elle ne savait pas le menuet ; à la manière dont elle s'expliqua, M. de Gandale put comprendre qu'elle était entièrement charmée d'avoir ce prétexte pour ne point rompre leur entretien, lequel se réduisait pourtant aux banalités d'usage. Toute la soirée ils se parlèrent ainsi.

La lune s'était levée, et sa blanche lumière commençait à poindre dans les feuillages du jardin, dont on apercevait par les fenêtres ouvertes toute la perspective, noyée dans le crépuscule d'une sereine nuit d'été. Félise se pencha sur la fenêtre près de laquelle elle était assise, et, montrant du doigt la sombre mu-

Page 1