‹ FéliseChapitre 92 sur 99 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

raille qui séparait les deux hôtels, elle dit en soupirant au marquis :

— Voilà ma prison; dans un moment, il faudra que j'y rentre...

— Ah ! mademoiselle, répondit-il avec feu, songez plutôt à en sortir pour toujours !...

— Oh! oui, j'y songe ! murmura-t-elle avec une expression concentrée.

Une jeune fille élevée dans le monde n'aurait pas retenu ainsi auprès d'elle pendant toute une soirée l'homme qu'elle distinguait; mais Félise s'abandonnait trop naïvement à la douceur ineffable de ces premières émotions pour rompre cette espèce de télc-à-téte. Lorsqu'on passa dans la salle à manger pour faire médianoche, elle laissa encore M. de Gandale lui offrir la main, et l'invita du regard à se mettre à table auprès d'elle.

Madame de Favras paraissait inquiète, et sa sœur dissimulait à peine sa mortelle tristesse. La douairière de Manicamp observait Félise et son neveu avec un étonnement mêlé de souci.

— L'apparition de celte infante a produit beaucoup d'effet ici, dit-elle à l'oreille d'une de ses amies intimes. Voyez le marquis, il ne la quitte pas;... on n'agirait pas autrement au cas d'une passion déclarée... Ceci me contrarie-, j'avais d'autres desseins pour mon neveu...

Au petit jour, la compagnie se sépara enfin. Déjà Félise avait disparu, et le marquis de Gandale s'était retiré quelques instants après elle. Dès que les deux sœurs furent seules, elles s'enfermèrent en renvoyant leurs femmes.

— Ah ! ma sœur, qu'avons-nous fait ! s'écria Angèle en se jetant tout éplorée dans les bras de la jeune veuve, quelle fête, hélas ! quelle nuit fatale!... Le marquis n'a vu que Félise... il l'aime déjà... il l'aime!...

— Non, ma sœur, non, je ne le crois pas, répondit Cécile; il est ébloui seulement de sa beauté et flatté de la préférence qu'elle lui a si ouvertement témoignée, ne parlant qu'à lui

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