‹ FéliseChapitre 93 sur 99 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

seul, ne regardant que lui... Ces innocentes, ces Agnès, ont d'étranges privilèges ! 4^Iais le cœur de M. de Gandale n'est pas véritablement touché, j'en suis sûre.

Angèle secoua tristement la tète, et, séchant les larmes brûlantes qui coulaient le long de ses joues, dont le doux incarnat s'était efîacé, elle dit avec conviction :

— Il l'aime ! . . . elle est si belle ! . . . Mais, ma sœur, ai-je le droit de me plaindre?... Dans votre sollicitude pour mon bonheur , vous aviez songé à ce mariage, madame de Manicamp le désirait; mais c'était à peine si l'on avait pressenti la volonté de M. de Gandale, et c'est à tort que l'on avait cru qu'il m'aimait. Me l'a-t-il jamais dit? Est-il lié par la moindre promesse? Hélas ! mon cœur seul avait fait tous les frais de cet engagement...

— Il ne t'aimait pas encore peut-être, mais il t'aurait aimée, mon Angèle! s'écria madame de Favras en pleurant et en serrant la jeune

fille dans ses bras. C'est ton bonheur, c'est le

mien, qui nous sont ravis!... Oh! qu'il est aveugk et malheureux celui qui te dédaigne ainsi!... Mais un autre que M. de Gandale comprendra mieux le prix du trésor que je voudrai lui donner...

— Il faut renoncer à ces idées, ma sœur, dit Angèle avec une douce fermeté; je sens que mon cœur ne se donnerait pas deux fois. Je souffre beaucoup maintenant, je souffre plus que je ne peux l'exprimer; mais cette affliction s'apaisera si je me tourne vers Dieu. La mère Madeleine nous le disait toujours : lui seul console!...

Le lendemain, madame de Favras emmena sa sœur dans une terre aux environs de Paris ; elles y passèrent quinze jours dans une complète solitude, sans aucune nouvelle de Félise, sans entendre prononcer le nom de M. de Gandale. Angèle était toujours fort triste, et madame de Favras désirait et redoutait également de savoir ce qui s'était passé pendant son absence. En retournant à Paris , elle

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