CHAPITRE VI
pour VOUS, et, comblée des biens de ce monde, songez à des choses plus grandes et plus éloignées.
«c II me semble que la prédiction de la mère Perpétue ne sera pas vaine, et qu'un jour je prendrai le voile à l'Annonciation. Souvenezvous de moi alors, et parlez quelquefois de la sœur Angèle. ;»
Un adroit valet se chargea de faire tenir cette lettre à Félise, et une heure plus tard , en effet, elle la trouva roulée autour d'une pierre sur la porte de sa chambre. Félise ignorait tout ce qui se passait, et depuis quinze jours elle vivait dans d'inexprimables agitations. Le brusque départ des deux sœurs l'avait jetée dans un étonnement et un chagrin extrêmes ; leur absence lui ôtait les moyens et l'espoir de revoir M. de Gandale. Elle passait ses jours et ses nuits dans les larmes comme une fille amoureuse et désespérée ; vingt fois elle avait été sur le point de fuir, de s'en aller au ha-
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sard loin de cette maison maudite où elle se mourait de contrainte, de douleur et d'ennui. La lettre d'Angèle la jeta dans des transports d'étonnement , de triomphe et de joie qu'elle ne put contenir. Pâle, l'œil animé, la tête haute, elle entra dans le salon où mademoiselle de Saulieu, assise à sa place accoutumée, travaillait h son éternel ouvrage de tapisserie. La jeune fille s'assit, car ses genoux tremblants ne la soutenaient plus; puis elle dit d'un accent bref et précipité :
— Ma tante... il faut que je vous parle. Ecoutez-moi... le moment est venu où je quitterai enfin cette maison... Bientôt, aujourd'hui peut-être, un homme riche et de qualité viendra me demander en mariage...
— Qu'avez-vous dit? je n'ai pas entendu, interrompit mademoiselle de Saulieu avec le geste et le vague regard de quelqu'un dont l'esprit revient de l'autre monde.
— Je dis que M. le marquis de Gandale veut m'épouser, et qu'il viendra vous deman-