CHAPITRE VI
nonça l'arrivée du marquis de Gandale. Le jeune gentilhomme franchit, avec une singulière émotion, le seuil défendu de ce sombre logis, et cette impression s'accrut lorsque le vieux serviteur en deuil, ayant ouvert toutes les portes, l'annonça à haute voix dans les salles vides et sonores. Mademoiselle de Saulieu s'était levée pour le recevoir. A l'aspect de cette imposante figure vieillie par la douleur, et dont le regard triste et fier se baissait devant lui, le marquis tressaillit intérieurement, et il eut besoin d'un instant pour se remettre de cette espèce de trouble. Mademoiselle de Saulieu attendait en silence qu'il fit sa demande.
— Mademoiselle, lui dit-il enfin, je m'appelle le marquis Hector de Gandale ; il m'a semblé que ce nom me permettait d'aspirer à l'honneur de votre alliance. Je possède une fortune qui suffit à soutenir honorablement mon rang. J'ai eu l'occasion de voir mademoiselle votre nièce, et, frappé de sa rare
beauté, de l'esprit que j'ai cru reconnaître en elle, j'en suis devenu passionnément épris. Elle est orpheline, m'a-t-on dit , vous êtes sa seule parente; je viens vous demander sa main.
— Je vous la refuse, M. le marquis, répondit mademoiselle de Saulieu d'une voix très-émue.
— Et les motifs de ce refus, mademoiselle, s'écria M. de Gandale , voudrez-vous me les dire?
— Si vous l'exigez absolument, monsieur, murmura péniblement la triste demoiselle ; mais , croyez-moi , sans explication , sans me forcer à vous faire un récit déplorable, renoncez à la main de ma nièce...
Le marquis ne lui répondit que par un geste; son orgueil et son amour semblaient lui porter un défi.
Mademoiselle de Saulieu se recueillit comme pour trouver en elle-même la force de parler; puis elle dit d'une voix lente d'abord.