‹ Félix Faure, intimeChapitre 5 sur 16 · PROGRAMME DE GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

PROGRAMME DE GOUVERNEMENT

... Depuis trois mois, la polémique est ouverte sur la question de savoir quelle est la majorité dans la Chambre nouvelle. Certains affirment qu'elle est radicale : ma conviction, à moi, c'est qu'elle est libérale. Lequel se trompe? Nous le saurons bientôt : les prochains scrutins nous fixeront. Mais, ce que je sais, ce que vous savez comme moi, ce que tout le monde sait, c'est qu'aux élections dernières, partout, en France, du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest, dans toutes les circonscriptions, qu'elles aient nommé un libéral ou un radical, ce qu'a demandé le pays, ce qu'il veut, c'est un gouvernement.

Qu'est-ce donc qu'un gouvernement ? Serait-ce une réunion d'hommes venus des quatre points cardinaux de la politique, chacun avec ses traditions et ses tendances, et cherchant à se mettre d'accord en esquivant toutes les questions?

L'accord sera-t-il établi entre eux parce qu'ils auront signé une déclaration fort vague, dont le mérite consiste à ne froisser personne et dans laquelle on cherche à laisser croire à chacun qu'on donne satisfaction à ses opinions?

A tous et à chacun, on promet toutes les réformes désirées, mais à terme, parce qu'on sait qu'un grand nombre de projets ainsi

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indiqués ne résisteront ni à une étude attentive, ni aune discussion sérieuse. On sait qu'au moment de passer à l'exécution, chacun des membres du Cabinet envisagera d'une façon différente la question qui se pose : de là l'ajournement indéfini de tous les projets et de toutes les réformes. Ne nous souvenons-nous pas de tel ministère radical, composé en majorité d hommes qui avaient dans leur programme initial des questions restées chères au parti avancé : séparation de l'Église et de l'État, suppression de l'ambassade de France au Vatican, suppression des fonds secrets, impôt sur le revenu? Que sont devenus ces projets quand ces hommes, de bonne foi cependant, ont été au pouvoir? Les ont-ils exécutés? Non, parce que dans le Cabinet se trouvaient un ou deux ministres d'opinions modérées. Et le parti radical n'a pas eu satisfaction. Ne pourrions-nous pas, à un autre point de vue, citer, dans un Cabinet libéral, tel ministre radical faisant capituler ses collègues au sujet de la révocation d'un fonctionnaire? A propos de solidarité gouvernementale, n'avons-nous pas vu quelquefois (pour ne pas dire souvent) un ministre critiquer ouvertement la politique du gouvernement dont il faisait partie ?

Et dans l'administration ? Dans tel département on soutient la politique libérale ; dans le département voisin, c'est la politique radicale. Ici le préfet (je ne parle pas de la Seine-Inférieure), ici, dis-je, le préfet exécute les ordres de son ministre, mais les souspréfets ont d'autres tendances.

N'avons-nous pas vu nombre de fonctionnaires se préoccuper beaucoup moins du gouvernement au nom duquel ils agissent, que des satisfactions à donner au gouvernement du lendemain? C'est l'anarchie, et c'est ce dont ne veut plus le pays.

Il veut, je le répète, un gouvernement; mais il entend par gouvernement une réunion d'hommes ayant, sinon les mêmes origines, au moins les mêmes tendances, un programme commun auquel, tous, ils apportent leur concours et leur action, loyalement, sans arrièrepensée, pratiquant une politique précise et déterminée que tout le monde comprendra, exigeant des fonctionnaires une attitude droite et loyale.

Si la majorité de la Chambre est radicale, le ministre sera radical : il appliquera une politique radicale. Nous, libéraux, nous

serons dans l'opposition, nous combattrons pour nos idées et pour nos doctrines, et le pays jugera. Mais, par contre, si la majorité est libérale, elle a le droit, le devoir d'exiger un Cabinet libéral.

Voilà la vérité politique et c'est bien ce que nous entendons quand nous demandons un gouvernement qui gouverne.

l'iiut. Courtcllcinont.

La promenade au Bois.

C'est ce discours que les membres du centre gauche rappelèrent à M. Félix Faure lorsque, nouvellement élu Président de la République, il crut devoir rester fidèle à la fiction constitutionnelle en appelant M. Bourgeois au pouvoir. C'est aussi ce discours, il faut se hâter de l'ajouter, qui contient les principes de gouvernement appliqués, depuis, avec tant de force et de talent, par M. Méline.

FELIX FAUEE INTIME

Il est curieux encore d'examiner les discours que M. Félix Faure prononça comme tout candidat, pendant la période électorale. Là aussi, sans arriver à la haute éloquence, il disait bien le « couplet de compte rendu de

L'Elysée vu du jardin.

mandat » avec la chaleur désirable. Il employait, pour définir différents points du programme républicain, des expressions caractéristiques , qui étaient alors assez neuves.

Ainsi, le 30 avril 1893, dans un banquet de comité, il étudiait déjà la situation des ralliés, et, tout en se refusant à les repousser en bloc, il « disait son fait » à

la réaction impénitente qui, dans la Seine-Inférieure, n'a jamais complètement désarmé.

Mais c'est au Parlement, encore une fois, dans les débats sur des lois d'affaires, qu'il convient de chercher les raisons de la situation que M. Félix Faure s'était créée dans le parti républicain, situation solide et non toute de façade.

Dès son entrée à la Chambre (1881), M. Félix Faure prit une part active, prépondérante même, à l'élaboration et à la discussion de toutes les lois où les intérêts respectifs des patrons et des ouvriers étaient en jeu.

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