LES LOIS COMMERCIALES
M. Félix Faure n'eut garde de laisser de côté, comme député, les grandes questions commerciales qui intéressaient et ses électeurs et lui-même. Il prit souvent la parole dans les discussions relatives aux services maritimes postaux entre Le Havre et New-York, et entre la France et les Antilles.
Dans la séance du 10 mai 1883, à la Chambre des députés, où se débattait la question du renouvellement du contrat conclu entre l'État et la Compagnie Transatlantique, M. Félix Faure déplorait que le résultat accompli grâce au précédent traité ne fût pas en rapport avec les sacrifices que le pays s'était imposés. Il recommandait la prudence au gouvernement, à ses collègues :
Je dis, déclarait M. Félix Faure, qu'après ces sacrifices considérables la France se trouve en ce moment dans une situation d'absolue infériorité vis-à-vis des pays étrangers ...
Cette infériorité, l'orateur la démontrait et adjurait la Chambre de ne pas fermer, par la conclusion de contrats à subventions, la porte au progrès dans les vitesses marines. Il établissait, en outre, que l'intérêt commercial aussi bien que l'intérêt politique commandaient de renoncer au
système des subventions, proposé par le g-ouvernement. Et M. Félix Faure proposait à la Chambre un système conçu selon la logique, pour la meilleure sauvegarde des intérêts en jeu, tant ceux des armateurs que de l'État et du public.
Je vous propose, disait-il^ d'adopter cette méthode qui consiste à rémunérer seulement des services réels.
La prime à la marine marchande d'abord, puis la rémunération du transport, vous donneront la certitude d'amener les concessionnaires à améliorer leur matériel ; et de plus, vous supprimerez par le fait les monopoles, et vous ouvrirez la concurrence à l'industrie privée...
... La méthode que je soutiens est peut-être la méthode de demain... Je vous demande, pour un service qui doit commencer en 1885, de préférer le système de demain au système d'hier.
La Chambre ne lui donna pas satisfaction : elle accorda au gouvernement ce que celui-ci lui demandait. Il ne nous appartient pas de dire si elle commit, ce jour-là, une faute.
LES QUESTIONS DOUANIERES
Les questions douanières amenèrent fréquemment M. Félix Faure à la tribune. Il s'était préparé à les traiter au cours de sa carrière de commerçant, familiarisé avec ce qu'on appelle la loi de l'ofïre et de la demande dans son application internationale. Avant qu'en 1891 la loi modifiât notre régime douanier, M. Félix Faure avait présenté ou soutenu des propositions de détail portant sur un certain nombre de produits d'exportation.
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Il avait, notamment, donné la mesure de sa compétence en ces délicates matières au cours de la discussion, le 24 mars 1890, de l'interpellation deMM.TurreletDeloncle: l*^ sur le traité avec la Turquie; 2° sur la position diplo-
•uoi. Counellomout.
L'Élysée. — Les petites cuisines.
matique de la France dans les anciens traitements avec la Porte ottomane.
Le traité franco-turc venait d'expirer : M. Turrel demandait qu'on établît vni modus vivendi commercial avec la Porte jusqu'en 1891, époque de la refonte de notre tarif douanier; M. Deloncle voulait que l'on s'en tînt, tout simplement, au régime des capitulations.
Le gouvernement, par Torgane de M. Ribot, ministre des Affaires étrangères, répondit dans des termes qui satisfirent les interpellateurs.
C'est 'alors que M. Félix Faure, dans un discours très
IMiot. Courtcilcmont.
L'Élysee. — Les grandes cuisines.
bref, fit en quelque sorte la préface du long débat qui s'ouvrit l'année suivante. Il n'examina pas les traités dont s'agissait au point de vue politique : il y toucha d'une main légère, au point de vue économique, en se plaçant sur le terrain des intérêts de la France, quant à son exportation et à son trafic maritime.
Le député du Havre, après un précis historique de nos traités de commerce avec la Turquie, exposa la ques-
tion à son immédiat point de vue. Il conseilla au gouvernement de maintenir la situation résultant de nos traités antérieurs.
Ne songez pas, dit-il, à négociera nouveau ; ne laissez pas soupçonner une minute que vous avez la pensée de renoncer aux avantages de la clause que nous discutons (elle était relative aux fruits secs). M. le Ministre vous disait tout à l'heure que la Turquie vient de signer un traité avec l'Allemagne. Savez-vous si ce traité ne concède pas à l'Allemagne des avantages que nous n'avons pas encore?...
Savez-vous quels avantages sont accordés à la marine allemande?
Savez-vous enfin quelles faveurs seront concédées, dans un ou deux ans, à l'Italie, à l'Angleterre? Non, vous ne le savez pas. Et si vous ne pouvez pas réclamer ces avantages nouveaux pour votre commerce et votre marine, dans quelles conditions serons-nous placés? Comment notre industrie pourra-t-elle soutenir la concurrence dans les Échelles du Levant?...
... Il faut donc maintenir la situation qui résulte de nos traités antérieurs; nous conserverons ainsi, au profit de notre commerce et de notre marine, la part de légitime influence dans le Levant que, jusqu'ici, personne n'a jamais contestée à la France !
La thèse soutenue par M. Félix Faure et les autres orateurs, MM. Méline, DeloncleetTurrel, triompha et fut sanctionnée à une majorité considérable par le vote d'un ordre du jour approbatif.