LE LIBRE-ECHANGE
Un an plus tard, dans la séance du 22 mai 1891, M. Félix Faure rappelait l'attention sur lui en prononçant, dans
la discussion générale sur le tarif des douanes, un discours remarquable qui était, en même temps, une profession de foi libre échangiste.
Nous sommes, disait-il, partisans de la stabilité, nous repoussons toutes les perturbations, toute instabilité^ d'où qu'elles viennent, soit qu'elles proviennent de remaniements constants apportés dans le tarif des douanes dans le sens du relèvement des taxes, soit qu'elles résultent de la lutte perpétuelle à laquelle M. Léon Say a fait allusion lorsqu'il a assuré qu'avant peu il serait maître de vos tarifs et qu'il en provoquerait l'abaissement.
Nous estimons qu'en affaires la première nécessité c'est la sécurité ; or, je ne crois pas que le système présenté par la commission soit de nature à assurer cette sécurité.
Après avoir reconnu que, des deux parts, on désirait arriver à une entente, que « le temps des apostolats » était passé, M. Félix Faure ajoutait :
Nous sommes persuadés que votre système est mauvais; nous ne sommes pas partisans de vos doctrines ; mais pourtant, si vous rendiez l'édifice habitable, nous collaborerions volontiers avec vous, afin d'arriver à une solution aussi favorable que possible aux intérêts généraux de la France. Nous assurerions cet accord et la stabilité que nous réclamons ensemble par la modération des taxes que nous voterions.
... Lorsque vous aurez établi la stabilité chez nous par des conventions fermes, précises, déterminées, vous ne Tobtiendrez sur les marchés étrangers que par des actes bilatéraux, par des engagements formels...
C'était toute une doctrine économique faite de conciliation, de prudence, que M. Félix Faure venait d'exposer. On sait que l'opinion contraire l'emporta. La Chambre avait son siège fait. Elle était aux mains des protection-
nistes, et les libre-échangistes durent se déclarer vaincus — sinon convaincus.
Plusieurs fois, au cours de ses voyages présidentiels, M. Félix Faure entendit de notables libre-échangistes se plaindre à lui, leur coreligionnaire économique, du régime douanier actuel. Certes, le Président dut se faire violence pour que ses sentiments personnels ne se fissent pas jour au dehors. Mais toujours il sut imposer silence à ses convictions intimes, et il renvoya les plaignants à se pourvoir devant... le ministère.