‹ Félix Mendelssohn (Bartholdy): sa vie et ses œuvresChapitre 4 sur 18 · ALBERT · texte numérisé non relu

ALBERT

Buckingham Palace.

Mendelssohn était un artiste consciencieux, ne se laissant pas éblouir par le succès. De retour à Leipzig, il se met immédiatement à revoir son œuvre, à la polir, à la perfectionner ; il s'entoure des indications de tous les gens compétents. Dans une lettre du 8 novembre 1846, à son ami Bendemann, il le remercie d'un bon conseil etjlui dit qu'il en profitera. Le mois suivant, il écrit à Charles Klingemann, qu'il retouche VHélias, en même temps qu'il révise la messe en la mineur de Bach, dont il prépare une édition nouvelle. Il lui raconte, dans les plus grands détails et d'un cœur attendri la maladie et la mort du vieux Jean, son fidèle serviteur.— II engage son beaufrère Dirichsel à refuser une pension qui lui est offerte à Heidelberg et lui fait valoir des raisons sérieuses de rester à Berlin. Il écrit à son neveu Sébastien Hensel qui lui a envoyé un dessin, une lettre charmante, le félicite de ses progrès, l'engage à travailler avec ardeur : c Quand on veut se vouer à Tart, on ne saurait trop tôt commencer; il faut s'habituer à méditer longuement et le fond et la forme ; étudier la nature avec ténacité, avec amour, la reproduire en l'éclairant parle rayon lumineux qui est au fond de nous-même ..»

Il ne manque à aucun des devoirs de l'amitié. A la fille du compositeur Reichardt, il annonce qu'on a exécuté à Leipzig des œuvres de son père; il lui fait part du succès et en manifeste toute sa joie.

C'est alors qnMl est frappé par un épouvantable malheur. Sa sœur Fanny vient de mourir subitement. Laissons ici la parole à M. Camille Selden, qui raconte ainsi Tévénement dans son intéressante monographie: c Une congestion au cerveau, sans doute amenée par un excès d'activité morale et que rien d'ailleurs ne faisait craindre, venait, au piano même, de foudroyer une créature encore jeune et pleine dévie, d'arrêter les battements du plus noble cœur, d'enlever à son mari une femme bicn-aimée, à de jeunes enfants leur mère, à Mendelssohn, la sœur qu'il chérissait le plus et dont le talent se rapprochait si fort du sien. Ni le mariage, ni la maternité, ni les distractions inséparables d'une vie forcément mondaine n'avaient pu la détourner de la passion généreuse à laquelle on attribue sa fin prématurée ; et cette passion était d'autant plus noble qu'elle ne se satisfaisait que parle travail, et ne pouvait espérer d'autre récompense auprès de la gloire supérieure qui l'effaçait. La pauvre jeune artiste mourut au moment même où elle faisait répéter les chœurs de Faust, qu'elle avait mis en musique et qui, dit-on, contenaient des beautés dignes du grand compositeur qu'elle nommait son frère et qui la suivit de près au tombeau. Le chagrin que lui causa cette mort détruisit irréparablement sa santé, Bt des personnes, présentes quand la fatale nouvelle l'atteignit, affirment l'avoir vu faire un geste brusque de douleur physique et porter violemment la main à son cœur comme pour l'empêcher d'éclater, i

Nous trouvons, dans la correspondance de Mendelssohn, une lettre au général deWebern, qui est comme un écho de cette grande douleur : € Qui avait connu une fois ma sœur ne pouvait plus l'oublier. Moi, son frère, à l'esprit duquel elle était toujours présente; moi dont elle a partagé toutes les joies, toutes les tristesses ; moi qui pensais qu'elle ne manquerait jamais à mon amitié fraternelle ; jugez de mon désespoir! J'ai cru, pendant longtemps, que ce n'était là qu'un rêve;

que la funeste noavelle serait démentie : illusion! C'est bien vrai. Gomment m'y habituer maintenant. Âh! ne dites pas que sa vie si pure, si harmonieuse est complète ; qu'elle évite les maux que peutêtre lui réservait l'avenir; qu'elle ne souffre plus! — Nous qui souffrons de sa mort, ces consolations ne peuvent nous suffire. La musique! — Je n'y puis plus songer. Mon cerveau est devenu une lande aride et déserte. Je ne trouve un peu d'adoucissement à mon amertume qu'en voyant le visage imperturbablement serein de mes enfants. — Heureux âge! — Je ne puis me rassasier de les écouter et de les contempler. . . Merci de votre lettre ; Dieu vous conserve, vous et les vôtres ! t

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